Protéines, vitamine B12, antioxydants : sur le papier, la petite algue verte a tout pour plaire. Les études sont plus mesurées que les discours commerciaux, mais elles ne sont pas vides pour autant.
À chaque changement de saison, on a la même envie de se remettre d’aplomb et d’effacer les nuits trop courtes et les repas trop copieux. Dans les magasins bio, le rayon des compléments a une réponse toute prête. La chlorella y figure souvent en bonne place, quelque part entre la spiruline et le curcuma.
Cette microalgue d’eau douce, cultivée et consommée depuis plusieurs décennies, notamment au Japon, a de vrais atouts. Séchée, elle peut contenir plus de la moitié de son poids en protéines, avec des minéraux, des caroténoïdes et des vitamines. Reste à savoir ce que ces atouts permettent réellement d’espérer.
La B12, son point fort
C’est sans doute l’argument le mieux documenté. Certaines chlorellas contiennent de la vitamine B12 sous une forme que l’organisme sait utiliser. En 2015, Merchant et ses collègues ont suivi des végétariens et des végétaliens dont les analyses laissaient soupçonner un manque de B12. Après deux mois de chlorella quotidienne, leur taux d’acide méthylmalonique, un marqueur de carence, avait baissé [1].
La B12 participe au métabolisme énergétique et contribue à réduire la fatigue. Mais combler un déficit n’a rien à voir avec un coup de fouet. La teneur varie aussi beaucoup d’un produit à l’autre, si bien qu’un végétalien ne devrait pas compter sur la chlorella comme source unique.
Fatigue : des pistes
Des chercheurs japonais ont voulu en avoir le cœur net. Pendant quatre semaines, un petit groupe d’hommes en bonne santé a reçu soit de la chlorella, soit un placebo, sans savoir lequel [2]. Certains indicateurs de stress oxydatif et quelques symptômes de fatigue ont évolué dans le bon sens.
La détox, une piste intéressante
La paroi cellulaire de la chlorella possède la capacité de fixer certaines molécules, une propriété qui intéresse les chercheurs pour son rôle possible dans l’élimination de composés indésirables.
Chez six jeunes adultes, une étude coréenne a ainsi observé une modification de l’élimination urinaire de l’un des composés étudiés [3]. D’autres travaux suggèrent également un intérêt sur les défenses antioxydantes : chez 52 fumeurs, six semaines de supplémentation ont augmenté plusieurs antioxydants sanguins et l’activité de certaines enzymes de défense [4].
Rappelons que le foie, les reins, l’intestin et les poumons font ce travail d’élimination en permanence. Ce dont ils ont besoin tient en peu de mots : du sommeil, de l’eau, une alimentation variée, du mouvement et pas trop d’alcool.
Quelques précautions
La chlorella contient de la vitamine K. Les personnes sous anticoagulants de type AVK doivent donc en parler à leur médecin. Sa qualité dépend de l’origine et du mode de culture, et des produits mal contrôlés peuvent contenir des métaux lourds, ce qui ne manque pas d’ironie pour un complément vendu comme détoxifiant. Pendant une grossesse ou en cas de traitement, mieux vaut demander conseil.
Au bout du compte
La chlorella est un aliment concentré, intéressant pour certains profils, surtout quand l’apport en B12 est fragile. Elle ne remplace ni les nuits complètes ni le temps.

Références
[1] Merchant R.E., Phillips T.W., Udani J. Nutritional Supplementation with Chlorella pyrenoidosa Lowers Serum Methylmalonic Acid in Vegans and Vegetarians with a Suspected Vitamin B12 Deficiency. Journal of Medicinal Food, 2015;18(12):1357–1362.
[2] Okada H., Yoshida N., Kakuma T., Toyomasu K. Effect of Chlorella Ingestion on Oxidative Stress and Fatigue Symptoms in Healthy Men. Kurume Medical Journal, 2018.
[3] Lee I. et al. Detoxification of chlorella supplement on heterocyclic amines in Korean young adults. Environmental Toxicology and Pharmacology, 2015;39(1):441–446.
[4] Lee S.H. et al. Six-week supplementation with Chlorella has favorable impact on antioxidant status in Korean male smokers. Nutrition, 2010;26(2):175–183.












