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Les écueils de l’accompagnement spirituel

C’est enfoncer une porte ouverte que de dire que si l’on se remet totalement dans les mains d’une personne, le risque d’emprise n’est pas exclu. Cela vaut pour toute relation, mais les milieux spirituels sont particulièrement fragiles à ce sujet, même si certains pourraient s’offusquer que l’on puisse imaginer qu’un « maître » puisse devenir un manipulateur. Le format de la relation d’accompagnement – entre obéissance absolue au maître et coach de loisir spirituel – dépend de la conception que l’on a de la collaboration entre formateur et formé. Voici quelques aspects problématiques de la relation « maître-disciple ».

Obéissance

Une demande d’obéissance absolue est parfois formulée par les institutions ou par les maîtres eux-mêmes. L’obéissance, parfois totalement arbitraire, est souvent utilisée pour « casser la volonté propre », pour « dépasser l’ego ». Dans le milieu monastique que j’ai côtoyé, on racontait que celui qui savait faire de la musique était envoyé en cuisine et inversement. Le but recherché était « l’humilité », que l’on a souvent confondu avec l’humiliation et l’abaissement volontaire – et volontariste. Dans l’obéissance, on cherche à mettre entre parenthèse la capacité de réflexion du « disciple » et sa capacité de décision. Plus problématique, on cherche à lui faire accepter le fait que le « maître » sait mieux que lui. De mon expérience, l’obéissance absolue peut être l’occasion – étonnamment – de renforcer l’ego au lieu de le dissoudre comme on le voudrait, car on peut se sentir très « fort » de pouvoir passer au-dessus de certaines choses qui nous sont contraires, afin de capter dans le regard du donneur d’ordre que l’on est un bon petit élève.

Formatage

Dans les milieux monastiques et spirituels, on recherche à inculquer une observance commune, une unification des attitudes et des formes rituelles pour « lisser » les comportements à l’intérieur des communautés. Le but est d’extirper l’originalité, la particularité, et de proposer un nivellement destiné à supprimer l’ego. C’est l’idée de la « vie régulière », la vie gouvernée par une règle identique pour tous, même si la règle de Benoît est plus à l’écoute de l’identité propre des personnes. Le novice cherche à se noyer dans le groupe, à fusionner avec lui afin d’être accepté. D’ici à en perdre le sens critique, il n’y a qu’un pas.

Enseignement

Dans l’enseignement il s’agit de transmettre des connaissances, des concepts, des arguments, des représentations du monde. L’enseignement est coextensif aux traditions et aux religions, puisque celles-ci se définissent et se distinguent par les modèles philosophiques et théologiques qu’elles proposent. Ces constructions ont souvent mis des millénaires à se former, mais leur faille est justement que les concepts sont souvent un obstacle pour la vie spirituelle, car celle-ci n’est pas d’ordre mental.

Thérapie

Dans certains milieux, on considère que le monde psychique de l’étudiant doit être « nettoyé » avant de pouvoir accueillir les réalités ultimes. On pense qu’il faut d’abord passer d’un fonctionnement « anormal » à un fonctionnement « normal » avant de passer au « supranormal ». C’est à mon avis très problématique, car l’éveil ne se passe pas dans la case psychique. En revanche, l’éveil aide à résoudre les problèmes psychiques que l’on peut avoir, éventuellement en se faisant aider par une personne compétente.

https://jouvet.org/

https://www.youtube.com/@LaurentJouvet

Tags: accompagnement, emprise, Eveil, maître-disciple, Spiritualité

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