Levure de boulanger et immunité : ce que les bêta-glucanes apportent à la saison froide

D’octobre à mars, le scénario se répète. Les journées raccourcissent, on vit fenêtres fermées, le chauffage tourne et les rhumes s’enchaînent autour de soi : le collègue qui renifle, l’enfant qui rentre de l’école avec une toux, le train bondé du lundi matin. Notre immunité n’est pas plus faible en hiver, elle est surtout beaucoup plus sollicitée. Parmi les pistes naturelles pour l’accompagner, il y en a une qui étonne : la levure de boulanger. Pas le cube frais qu’on émiette dans la pâte à pain, mais un extrait concentré de sa paroi, riche en bêta-glucanes, que l’on associe volontiers à l’échinacée.

Pourquoi la saison froide met nos défenses à l’épreuve

On accuse souvent le froid. En réalité, plusieurs choses se cumulent. On passe plus de temps à l’intérieur, à plusieurs, dans un air peu renouvelé, ce qui facilite la circulation des virus respiratoires. L’air chauffé est sec, et des muqueuses nasales desséchées filtrent moins bien. La lumière baisse, la vitamine D aussi. Enfin, la fin d’année apporte sa part de fatigue et de stress, deux facteurs dont l’effet sur l’immunité est bien documenté. Pendant quelques mois, le terrain demande donc un peu plus d’attention.

Bêta-glucanes de levure : de quoi parle-t-on ?

La levure de boulanger (Saccharomyces cerevisiae) est un champignon microscopique. Sa paroi contient des bêta-1,3/1,6-glucanes, de longues chaînes de sucres dotées de ramifications particulières. Rien à voir avec les bêta-glucanes de l’avoine, connus pour le cholestérol : la structure diffère, l’effet aussi.

Notre système immunitaire sait reconnaître ces molécules, présentes à la surface de nombreux champignons. Des récepteurs comme la dectine-1, portés par les macrophages et d’autres cellules de première ligne, les identifient. Chez l’animal, on a observé que les bêta-glucanes avalés sont captés dans l’intestin par ces cellules, puis transportés vers d’autres organes. L’immunité innée se retrouve alors un peu plus en éveil, sans s’emballer.

Une immunité innée qui apprend ?

C’est l’un des sujets les plus stimulants de l’immunologie récente. On a longtemps cru que seule l’immunité adaptative, celle des anticorps, avait une mémoire. Les travaux de l’équipe de Mihai Netea, à Nimègue, ont montré que l’immunité innée peut elle aussi garder une trace de certaines rencontres et mieux répondre la fois suivante. Les chercheurs parlent d’« immunité entraînée », et les bêta-glucanes servent justement de modèle de référence pour l’étudier. Ces résultats viennent surtout du laboratoire, il faut le garder en tête. Ils offrent toutefois un cadre cohérent aux observations faites chez l’humain.

Ce que montrent les études chez l’humain

Plusieurs essais cliniques ont testé un extrait de levure standardisé, en général autour de 250 mg par jour. Les plus parlants concernent des personnes sous pression. Chez des marathoniens, dont l’organisme est épuisé après la course, les participants supplémentés ont rapporté moins de symptômes respiratoires dans les semaines suivantes. Chez des femmes décrivant un stress élevé, on a noté moins de symptômes ORL et une meilleure humeur générale.

Ces études restent de taille modeste, et l’Europe n’a pas validé d’allégation santé pour ces bêta-glucanes. Elles dessinent pourtant une tendance : un intérêt particulier quand la fatigue et le stress viennent s’ajouter à la saison.

L’échinacée, alliée des voies respiratoires

L’échinacée (Echinacea purpurea) figure parmi les plantes les plus étudiées pour les défenses naturelles. Elle contribue au confort de la gorge et des voies respiratoires supérieures. Les synthèses scientifiques restent nuancées, avec des effets modestes et variables selon la qualité des extraits, d’où l’intérêt d’un extrait de plante entière correctement dosé. Nous l’avions présentée en détail dans un précédent article.

L’association des deux a sa logique : les bêta-glucanes agissent sur l’immunité innée, l’échinacée au niveau des muqueuses. On parlera d’approches complémentaires plutôt que de formule miracle.

Comment s’y prendre cette saison

Le plus sensé est de commencer tôt, dès les premiers signes de fatigue d’automne, puis de poursuivre pendant les mois où les virus circulent. Ces compléments ne remplacent pas le reste : un sommeil suffisant, une assiette colorée, une marche quotidienne à la lumière du jour, des pièces aérées et un humidificateur si votre intérieur est très sec.

Côté précautions, l’échinacée est déconseillée en cas d’allergie aux astéracées (camomille, arnica, marguerite). Demandez l’avis d’un professionnel de santé en cas de maladie auto-immune, de traitement immunosuppresseur, de grossesse ou d’allaitement.

Une levure de tous les jours, une fleur des prairies nord-américaines : le duo a de quoi surprendre. Il rappelle surtout que traverser l’hiver en forme se prépare dès l’automne.


Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation variée et un mode de vie sain. En cas de doute, consultez un·e professionnel·le de santé.

Références

  1. Netea MG et al. Trained immunity: a program of innate immune memory in health and disease. Science, 2016.
  2. Hong F et al. Mechanism by which orally administered β-1,3-glucans enhance the tumoricidal activity of antitumor monoclonal antibodies in murine tumor models. Journal of Immunology, 2004.
  3. Talbott S, Talbott J. Effect of β-glucan supplement on upper respiratory tract infection in marathon athletes. Journal of Sports Science & Medicine, 2009.
  4. Talbott SM, Talbott JA. Baker’s yeast beta-glucan supplement reduces upper respiratory symptoms and improves mood state in stressed women. Journal of the American College of Nutrition, 2012.
  5. Karsch-Völk M et al. Echinacea for preventing and treating the common cold. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2014.
Étiquettes : bêta-glucanes, défenses naturelles, échinacée, Immunité, levure de boulanger

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