Fatigué mais incapable de ralentir ? Le paradoxe de la fatigue d’automne

Il y a la fatigue qui fait bâiller dès vingt et une heures, et puis il y a celle-ci, plus sournoise : on est vidé le soir, mais la tête refuse de décrocher. Le corps demande une pause que l’esprit ne lui accorde pas. On se couche fatigué, on dort par morceaux et le réveil n’apporte pas grand-chose de neuf.

Octobre s’y prête particulièrement. La rentrée s’est installée, les agendas se sont remplis, et chez nous le jour commence à filer dès la fin d’après-midi. C’est souvent maintenant qu’on découvre que la réserve accumulée l’été est déjà bien entamée.

On connaît le réflexe : un café de plus, une boîte de magnésium, une cure « énergie » achetée en passant à la pharmacie. Pourtant, une partie de cette fatigue ne vient peut-être pas d’un manque d’énergie, mais de tout ce que nous en dépensons à rester en alerte.

Épuisé, mais toujours sur le qui-vive

Le stress, au départ, nous rend service. Face à une difficulté, l’organisme se mobilise : le cœur accélère, la vigilance monte, du glucose est libéré et la sécrétion de cortisol augmente . C’est quand ce mécanisme ne se désactive presque plus que les choses se compliquent.

Il n’y a pas besoin d’un drame pour en arriver là. Les horaires serrés, les mails, un parent qui s’inquiète, les nouvelles qui tombent toute la journée, le téléphone qu’on consulte encore au lit : pris un par un, rien de grave. Le système nerveux, lui, fait le total, et l’on se retrouve à la fois fatigué et tendu. Dans cet état, ajouter un excitant revient un peu à appuyer sur l’accélérateur d’une voiture qui chauffe.

Les premières pistes sont d’une grande banalité, et c’est sans doute pour cela qu’on les néglige : sortir à la lumière du matin, bouger régulièrement, garder des heures de coucher à peu près fixes, lever le pied sur le café après le déjeuner, s’accorder chaque jour un moment où personne ne peut vous joindre.

Certaines plantes sont aussi utilisées dans cette zone floue entre stress et fatigue. On les dit « adaptogènes », un mot devenu très à la mode et qu’il vaut mieux ne pas surinterpréter : il désigne simplement des substances à qui l’on prête une action sur la façon dont l’organisme encaisse le stress. L’ashwagandha est aujourd’hui l’une des plus étudiées.

Une racine ayurvédique sous le regard des chercheurs

Withania somnifera tient une place importante dans la médecine ayurvédique depuis des siècles. En Occident, sa popularité est récente et repose surtout sur sa réputation anti-stress.

Cette réputation commence à être documentée. En 2022, une méta-analyse de 12 essais randomisés, totalisant un peu plus de 1 000 participants, a observé une baisse du stress et de l’anxiété plus marquée qu’avec un placebo¹. Ses auteurs restaient prudents, les études étant très hétérogènes et le niveau de preuve encore faible. Une seconde méta-analyse, parue en 2024 et portant sur neuf essais, va dans le même sens, avec en plus une diminution du cortisol².

Le sommeil est l’autre terrain exploré. Cinq essais réunissant 400 personnes montrent une amélioration modeste de sa qualité, plus nette chez celles qui souffraient déjà d’insomnie³. On aurait tort d’y voir un somnifère végétal ; si la plante aide, ce serait plutôt en relâchant la tension qui empêche de récupérer.

Souvent citée, une étude menée sur 60 jours auprès de 64 adultes très stressés a relevé une baisse du stress perçu et du cortisol supérieure au placebo⁴. Elle est petite, et elle a été financée par le fabricant de l’extrait testé, ce qui ne l’invalide pas mais invite à la lire avec recul.

Une plante, pas une évidence

Cette dernière étude rappelle un point souvent oublié : on ne parle pas toujours du même produit. Poudre de plante entière ou extrait concentré, racine ou feuilles, teneur en withanolides : les préparations varient beaucoup, et un résultat obtenu avec un extrait donné ne vaut pas pour tout ce qui porte le nom d’ashwagandha.

Naturel ne veut pas dire anodin. Troubles digestifs et somnolence sont possibles, de rares atteintes du foie ont été signalées, et des autorités sanitaires ont appelé à la prudenceces dernières années. La plante est déconseillée pendant la grossesse, la prudence s’impose notamment en cas de troubles thyroïdiens ou de maladie auto-immune, car elle peut interagir avec certains traitements. Avant d’en prendre, mieux vaut en parler à son médecin ou à son pharmacien.

Une fatigue qui s’installe mérite d’ailleurs d’être prise au sérieux pour elle-même : une carence, un souci de thyroïde ou un trouble du sommeil peuvent très bien se cacher derrière.

Reste la question de départ. Quand on se sent à plat tout en restant crispé, chercher ce qu’on pourrait prendre de plus n’est peut-être pas le bon réflexe. Il est parfois plus utile de se demander ce qui, dans nos journées, nous empêche de récupérer.

Références scientifiques

  1. Akhgarjand C. et al. Does Ashwagandha supplementation have a beneficial effect on the management of anxiety and stress? Phytotherapy Research, 2022;36:4115-4124.
  2. Arumugam V. et al. Effects of Ashwagandha (Withania somnifera) on stress and anxiety: A systematic review and meta-analysis. Explore, 2024;20:103062.
  3. Cheah K.L. et al. Effect of Ashwagandha extract on sleep: A systematic review and meta-analysis. PLoS ONE, 2021;16:e0257843.
  4. Chandrasekhar K. et al. A prospective, randomized double-blind, placebo-controlled study of a high-concentration full-spectrum extract of Ashwagandha root. Indian Journal of Psychological Medicine, 2012;34:255-262.
Étiquettes : adaptogènes, ashwagandha, fatigue automnale, sommeil, stress

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