Fin septembre. La lumière baisse, les soirées fraîchissent et la peau garde encore la mémoire de l’été. Elle n’a pas été ménagée cette année : une chaleur qui ne décrochait pas, un soleil dur, des UV à répétition. Le corps s’est adapté comme il a pu, et l’automne est un bon moment pour l’aider à retrouver son équilibre. Parmi les pistes que la recherche explore autour de la spiruline, une molécule se distingue par sa couleur, un bleu franc, presque électrique : la phycocyanine.
Un pigment vieux de milliards d’années
La spiruline (Arthrospira platensis) n’est pas une algue au sens strict. C’est une cyanobactérie, héritière d’organismes qui pratiquent la photosynthèse depuis des milliards d’années. Sous son vert sombre, elle cache la phycocyanine, une protéine liée à une petite molécule colorée, la phycocyanobiline, qui l’aide à capter la lumière. C’est ce duo que les chercheurs étudient aujourd’hui pour ses effets antioxydants et anti-inflammatoires [1,2].
Stress oxydatif : quand l’équilibre se rompt
UV, pollution, effort intense : nos cellules produisent en continu des radicaux libres. À petite dose, ils sont utiles et participent même à nos défenses. Le problème commence quand leur production dépasse ce que l’organisme sait neutraliser. Les membranes, les protéines et l’ADN encaissent alors les dégâts, malgré le travail des enzymes antioxydantes et du glutathion.
En laboratoire, la phycocyanine neutralise plusieurs de ces espèces réactives de l’oxygène [1]. Plus original, la phycocyanobiline ressemble à certains pigments biliaires de notre corps. Elle pourrait freiner les NADPH oxydases, des enzymes qui fabriquent elles-mêmes ces radicaux [2]. Elle agirait donc en partie en amont, et pas seulement une fois le mal fait. Ces mécanismes ont toutefois surtout été observés sur des cellules ou chez l’animal ; chez l’humain, les données restent minces.
Après l’été, ce que la science dit (et ne dit pas)
Les UVB font grimper les espèces réactives dans la peau et, à force d’expositions, accélèrent son vieillissement. Sur des fibroblastes et des kératinocytes humains exposés aux UVB, la C-phycocyanine a limité certains dommages en activant la voie antioxydante Nrf2/HO-1 [3]. C’est un résultat intéressant, mais il a été obtenu en boîte de Petri. Rien ne permet d’en conclure qu’un complément pris en septembre efface les coups de soleil de juillet, ni qu’il dispense d’une protection solaire. On peut surtout en retenir que la molécule interagit avec les défenses que nos cellules possèdent déjà.
Immunité : sortir de la logique du « boost »
Avec l’automne reviennent les pièces fermées, les journées courtes et les virus qui circulent, et avec eux les promesses de « booster » son immunité. Pourtant, un système immunitaire efficace ne réagit pas plus fort : il réagit juste, au bon moment et avec la bonne intensité. Stress oxydatif, inflammation et défenses sont étroitement liés, et c’est sur ce terrain que la C-phycocyanine est étudiée. En laboratoire, elle inhibe par exemple la COX-2, une enzyme impliquée dans l’inflammation [4]. Dire qu’elle éloigne les rhumes serait en revanche un pas que personne ne peut honnêtement franchir aujourd’hui.
Spiruline entière ou extrait standardisé ?
La teneur en phycocyanine de la spiruline varie selon la souche, les conditions de culture et le séchage, qui peut la dégrader. Les extraits standardisés indiquent leur concentration précise en C-phycocyanine, ce qui permet de savoir ce que l’on prend vraiment. L’origine de la matière première, le procédé de fabrication et le contrôle des contaminants comptent tout autant.
Aider le corps, sans lui demander de miracle
Un sommeil régulier, du mouvement, la lumière du jour, une assiette variée et un peu de patience le temps que l’organisme change de rythme restent l’essentiel. La phycocyanine peut s’y ajouter, pas s’y substituer. C’est un pigment très ancien que la science regarde de près, et une bonne raison de s’y intéresser au moment de ranger l’été.

Références scientifiques
[1] Romay C. et al. C-phycocyanin: a biliprotein with antioxidant, anti-inflammatory and neuroprotective effects. Current Protein & Peptide Science, 2003; 4(3):207-216. DOI: 10.2174/1389203033487216.
[2] Zheng Y. et al. The Bioactivities of Phycocyanobilin from Spirulina. Journal of Healthcare Engineering, 2022; 2022:4008991. DOI: 10.1155/2022/4008991.
[3] Kim K.M. et al. Phycocyanin Protects Against UVB-induced Apoptosis Through the PKC α/βII-Nrf-2/HO-1 Dependent Pathway in Human Primary Skin Cells. Molecules, 2018; 23(2):478. DOI: 10.3390/molecules23020478.
[4] Reddy C.M. et al. Selective inhibition of cyclooxygenase-2 by C-phycocyanin, a biliprotein from Spirulina platensis. Biochemical and Biophysical Research Communications, 2000; 277(3):599-603. DOI: 10.1006/bbrc.2000.3725.












