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Comment faire corps quand tout s’atomise à force de s’autonomiser ?

Note de la rédaction

Lombreuil : Une réponse structurelle au défi du collectif

Ce texte analyse la fragmentation de la société actuelle pour introduire une solution concrète : le Prieuré de Lombreuil. Cette initiative s’ajoute à d’autres modèles similaires en Europe, comme le projet Vosberg en Belgique — pour lequel l’ASBL Habitat et Participation est une ressource clé — visant à rétablir une cohérence sociale par l’habitat partagé.

Le projet de Lombreuil répond à plusieurs besoins fondamentaux :

  • Lien et proximité : Une organisation spatiale conçue pour transformer la solidarité en une pratique quotidienne.
  • Entraide intergénérationnelle : Une réponse collective à la perte d’autonomie des aînés, intégrant la fragilité comme moteur de lien social.
  • Production et souveraineté : Un ancrage local basé sur le maraîchage et la gestion de 27 hectares de terres et forêts.
  • Changement de paradigme : Le passage d’une gestion fondée sur le pouvoir et l’avoir à un modèle axé sur le service et l’être.

Le collectif étant actuellement en phase de constitution, cette période de construction offre une opportunité de participation active pour ceux qui souhaitent s’inscrire dans cette démarche visant à refaire corps.


Comment faire corps, quand les cellules s’individualisent, se spécialisent, s’éloignent, se figent, se fondent et s’établissent dans une fonction, un rôle, une singularité ? Comment faire corps, corps mystique, corps social ou corps de chair, comment faire corps encore quand ces singularités deviennent si plurielles que l’illusion d’être séparées prédomine sur la réalité de n’être qu’un ? De n’être qu’un seul corps. Comment encore faire corps ?

Nous observons que la société d’aujourd’hui est une société en mutation, faites de contradictions, d’enfermements et d’impasses, et qui malgré son désir d’offrir le meilleur pour l’homme, ne pourra, si elle reste sur les mêmes paradigmes, relever les défis qui s’imposent à elle d’un point de vue économique, sociétal, spirituel, écologique et humain.

Nous croyons sincèrement que les structures qui nous amènent à cette impasse ne sont pas le résultat d’une poignée de quelques-uns, avides de pouvoir et à ce point machiavéliques qu’ils en auraient pensé les moindres rouages pour sciemment nous amener au chaos. Nous croyons plutôt qu’il existe au cœur de chacun, y compris des décideurs politiques et économiques, un réel désir d’offrir le meilleur pour l’homme. C’est juste que ce désir de meilleur est fondé sur deux limites majeures : la première est d’avoir une idée du meilleur qui est pétrie d’ignorance sur la nature profonde de l’humain et du vivant ; la seconde est de vouloir construire ce meilleur en s’appuyant sur ses propres forces, celles issues de la raison et de la science, sans s’ouvrir à de nouvelles dimensions, plus intérieures.

Nous pensons donc que le système qui a engendré ses propres enfermements ne peut servir à l’en sortir et qu’un changement de plan est nécessaire : passer du plan du mental au plan de la conscience, du plan de l’individualisme au plan du collectif, du plan de la séparation au plan de l’unité, du plan de l’avoir à celui de l’être, du pouvoir à celui du service.

Presque tous, autant que nous sommes, nous aspirons à vivre en fraternité, en harmonie et dans le partage. Et cependant que nous évoluons dans un système complexe de relations qui offre à chacun beaucoup de latitude, en même temps qu’il nous enferme dans des fonctionnements dysfonctionnels. Même avec un vrai désir de partage et d’ouverture, les architectures invisibles qui structurent nos relations ne nous permettent pas de vivre nos aspirations d’humanité. L’architecture de nos habitats pour commencer ne génère pas spontanément ce partage auquel nous aspirons : les modes de vie dominants proposent de vivre dans des logements individuels, cloisonnés par des murs, des portes, des grillages et parfois des alarmes, logement où tout est pensé pour ne surtout pas avoir besoin de son voisin pour satisfaire à nos besoins. Heureusement que parfois, malgré les plages d’ouverture de plus en plus large des magasins, drive et autres modes de livraison, heureusement que parfois il me manque un œuf ou un kilo de sucre et que je retrouve alors le chemin pour frapper à la porte de mon premier voisin ! Heureusement que parfois, un deuil, une maladie, un handicap, un je ne sais quoi qui me met en fragilité… Heureusement que parfois une panne -ou un arrêt volontaire- de mon smartphone, me fait quitter le clic pour lever la tête et demander l’heure, mon trajet ou l’information qui me manque… Heureusement que parfois, s’invite dans ma vie la chance d’avoir besoin de quelqu’un. Besoin… Fragilité… Des termes que nous avons désiré chasser et qui pourtant sont des portes vers plus d’humanité.

Nous avons collectivement construit une société fondée sur une forme de cloisonnement, d’autosatisfaction de nos besoins et où la solidarité a été déléguée au niveau de la sphère publique. Nous avons construit une société où même si nous désirons gouverner nos entreprises avec sagesse et humanité, la guerre qui est aussi et d’abord économique, dicte des modes de collaboration adaptés à ce type de situations : ligne de commandement courte, rapide et descendante. Nous sommes dans un modèle de société majoritairement hiérarchique, dominée par des relations de pouvoir fondée sur l’argent capitalisé, le travail, l’hyperspécialisation des talents et le mérite. C’est le système majoritairement dominant en même temps qu’émergent aujourd’hui d’autres formes de collaboration plus organiques.

Nous observons par ailleurs que les paradigmes qui structurent la société et lui donne un semblant d’unité sont fondés pour une part sur la croyance que l’unité s’obtient par l’uniformité : des modes de vie, des croyances, des pratiques. Cette uniformité génère l’établissement de nombreuses règles, normes, référentiels, obligations, interdictions limitant l’expression des singularités et menaçant la possibilité pour les personnes d’être en intégrité avec qui elles sont et d’offrir leur élan de vie. Nous croyons que l’unité humaine ne s’obtient pas par l’uniformité des apparences mais par une reconnaissance mutuelle de l’unicité de chacun dans la diversité.

Nous ne désirons ni généraliser, ni stigmatiser ce modèle de société, ni lutter contre, ni le juger, le condamner ou en souhaiter l’effondrement, ni même en désigner des coupables. Nous reconnaissons faire partie de ce système, avoir notre part de responsabilité tant dans l’impasse de ce modèle que dans l’émergence possible d’un autre modèle.

Rejoints et stimulées par de nombreuses initiatives citoyennes engagées dans la société, nous aspirons avec de nombreuses autres personnes à plus de fraternité, de solidarité, de vivre ensemble et de qualité d’être. Et nous croyons que pour l’incarner au quotidien, des architectures invisibles sont à penser et construire pour en favoriser l’accès. Partager un même espace de vie, vivre donc dans un même lieu qui permet d’être chez soi et naturellement en partage avec les autres, fait partie des petits riens qui peuvent tout changer. Vivre au quotidien dans un lieu et dans des liens qui ont été pensés pour le partage et la fraternité, c’est le fondement et le postulat de toutes ces initiatives foisonnantes d’habitats partagés, d’écolieux, de collectifs, de communauté, d’oasis et autres formes de regroupement de vie.

Et c’est ce qui prévaut à l’initiative que nous portons au sein du Prieuré de Lombreuil. Comme beaucoup d’autres collectifs, nous n’avons la prétention ni de changer le système, ni de révolutionner quoi que soit si ce n’est nous-mêmes en premier lieu. Nous désirons incarner le changement que nous désirons voir pour le monde, contribuer à l’émergence d’un monde plus respectueux de la vie et des relations et ainsi offrir une expérience concrète de vie fraternelle au quotidien tournée vers le service à autrui. Notre contribution est d’être un lieu de vie fraternelle au quotidien pour cheminer dans notre intériorité et incarner ensemble nos élans de vie à travers des activités et des services à forte contribution sociétale.

Concrètement, le Prieuré de Lombreuil est un collectif en cours de construction. Ce lieu d’exception (2.000 m2 de bâtiment, 3 hectares de terre agricole et 24 hectares de forêt) en plein cœur du Gâtinais (1h30 au Sud de Paris en Région Centre-Val-de-Loire proche Bourgogne) est actuellement animée par une congrégation religieuse qui, vieillissante, a la nécessité de le vendre d’ici environ deux ans. Sur la base d’un désir d’offrir à des personnes âgées en perte d’autonomie une réponse collective et fraternelle aux besoins du quotidien, nous cheminons vers la prise de conscience que même jeunes et bien portants, nous sommes tous porteurs de fragilité, plus ou moins visibles, et que l’échelle d’un collectif fraternel est celle qui permet de cheminer ensemble, à la fois dans le concret de nos vies, et dans nos intériorités. Vivre à Lombreuil au sein de ce collectif (entre 8 et 17 foyers), c’est désirer cheminer avec d’autres dans son humanité, à la fois dans le concret du quotidien, dans l’incarné de nos liens et l’intériorité de notre être. Chacun est porteur d’un élan de vie et tant le lieu que le collectif offre un très grand potentiel pour l’incarner : maraichage, activité d’accueil, grande salle de pratiques avec une hôtellerie de 22 chambres, projets artistiques et culturels à offrir avec le territoire, animations, initiatives sociales et solidaires, activités économiques, …

En marche depuis novembre 2025, nous construisons le projet étape par étape, à la fois dans sa dimension relationnelle et humaine avec de nombreux temps d’échanges, de partages en profondeur, de pratiques et de reliance, et également dans sa dimension opérationnelle : aménagement des bâtiments, modèle économique et juridique, déploiement des diverses activités, accueil des fragilités diverses, mode de vie au quotidien, etc.

Notre devise, construite au fil des 6 derniers mois d’échanges et de week-end vécus ensemble pourrait être « Viens, vois, vis et deviens ! ». Une devise qui passe par un incontournable pour comprendre que ce qui se passe au Prieuré de Lombreuil est plus grand que nous : venir vivre un week-end, voir ce qui s’y vit et choisir ensuite de potentiellement y contribuer !

Le prochain est le 13 & 14 juin (début le 12/06 au soir) précédé d’un premier temps de découverte en visio (au choix les 21 mai ou 04 juin de 19h00 à 20h30). A l’instar des précédents week-ends, ces 13 & 14 juin seront l’occasion de vivre sur place une première expérience immersive de 48 heures pour goûter à ce lien fraternel qui pourrait se vivre au quotidien. Un week-end d’accueil pour intégrer ce qui est et contribuer à ce qui sera, un week-end d’immersion pour discerner, un week-end de travail pour construire ensemble et surtout un temps d’être pour vivre notre humanité.

 

À travers ces liens vous aurez plus de précisions sur le projet : Prieuré Lombreuil.

Par ce clic vous pourrez vous inscrire à l’une des visios et au week-end des 13 & 14 juin prochains.

 

Dans la joie de partager à plus grand nombre ce lieu d’humanité en émergence.

Thierry LEMOINE

 

 

 

 

Tags: collectif, habitat partagé, intergénérationnel, solidarité

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