Où aller, que faire ?

J’avais 26 ans lorsque je suis entré au monastère, sans aucune idée de la vie spirituelle, sinon quelques vagues lectures et une soif de mystique, sans en connaître ni le but ni les moyens. Mais cette soif était assez forte pour que je passe d’une confession chrétienne à une autre, que je quitte mon métier d’enseignant et mes études de musique.

L’attente était forte. Je me souviens avoir demandé à mon « maître des novices », le moine en charge de ma formation spirituelle et théologique : « Y a-t-il des mystiques dans le monastère ? » Plutôt que de me demander ce que j’entendais par « mystique » et de m’aider à déconstruire certains clichés, il a pris l’air dubitatif : « Euh, je ne sais pas, peut-être… »

Qu’est-ce que j’imaginais ?

J’avais lu de pieux ouvrages qui ressemblaient plus à des catalogues de miracles et à des contes merveilleux qu’à des vies simplement vouées à la recherche de l’union à Dieu. Thérèse d’Avila, Pierre d’Alcantara, Jean de la Croix, que j’appelais encore saints – comme s’il s’agissait d’êtres humains d’une autre nature, des êtres surhumains – semblaient m’inviter à des jouissances sublimes de l’âme et, en contrepartie, à des souffrances abominables.

Ce n’est que beaucoup plus tard, en éditant le « Château de l’âme » de Thérèse d’Avila que j’ai compris l’erreur de perspective. Tous ces spirituels font du thé avec de l’eau chaude, y compris Jésus, Bouddha et tous les autres. Mais ils ont balisé par leur expérience le chemin qui mène au centre de soi-même. Tous les miracles qu’on leur attribue font écran car, même s’ils ont eu des capacités de guérison ou de clairvoyance, ce sont surtout leurs hagiographes qui ont forcé le trait.

Dans le premier monastère où je suis resté 3 ans

L’abbé était un dévot de la Vierge Marie, et sa solution était toujours : prie la Vierge, demande à la Vierge, confie-toi à la Vierge… Ce n’était peut-être pas le meilleur conseil à quelqu’un dont la tradition d’origine considérait que c’était de la mariolâtrie… La voie dévotionnelle a ses limites, car elle situe le divin dans un ailleurs, l’éloignant de soi en le rendant inaccessible et en dépendant de son arbitraire.

Dans le second monastère où je suis également resté 3 ans

Mon maître des novices ne jurait que par l’analyse psychologique, pour nettoyer la psyché des obstacles à l’union. Mais sur l’union à Dieu, pas un mot… D’ailleurs une de ses premières phrases a été « bon, on va voir les questions affectives. » Je n’ai simplement pas compris, puis je me suis confié comme à un psy qui n’aurait pas fait de formation autre que ses lectures. Mais le thème de l’union est resté lettre morte. La voie psychologique a ses limites, car elle suppose que le nettoyage psychologique est le préalable à la Rencontre. Je suis maintenant convaincu que c’est l’union avec le fond essentiel qui est thérapeutique – même si on peut avoir recours à un professionnel pour se faire aider.

Et aujourd’hui ?

Sorti de ces institutions, j’ai mieux compris ce qu’était la mystique, son but et ses moyens, j’ai creusé le Yogasûtra, Maître Eckhart, Thérèse d’Avila. J’ai compris les écueils d’une voie dévotionnelle et celle d’une voie de connaissance de soi si elles ne communiquent pas avec la présence à soi-même. Ma conviction intime est la proximité de l’essentiel et son accessibilité. Pas besoin d’années d’ascèse, de méditation, de pèlerinage : tout est là, donné dans l’instant. Tous les moyens peuvent être utiles, mais le but est déjà présent.

Laurent participera à la cinquième édition du colloque Être Plus le 14 novembre 2026 à Bruxelles.

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Tags: accompagnement, emprise, Eveil, maître-disciple, Spiritualité
Étiquettes : mystique, présence à soi, Thérèse d'Avila, union à Dieu, vie monastique

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