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Comprendre, accepter, pardonner

« C’est ton frère ; fais-lui un bisou et dis-lui pardon. Et arrêtez de vous chamailler sans arrêt ! » L’enfant obtempère à contre-cœur et embrasse du bout des lèvres son frangin qu’il rêve de réduire en bouillie. La valeur d’un tel pardon est claire pour tous les protagonistes : absolument nulle !

Lorsqu’on en est à devoir (se) pardonner, c’est qu’on a fait depuis longtemps fausse route. L’observation objective s’est désactivée, les réactions réflexes ont pris le dessus, les événements se sont enchaînés de façon automatique, hors de tout contrôle. Et l’on se retrouve dans une situation où quelqu’un d’inconscient, qui a laissé filer les yeux fermés la trame de son existence, en veut à une autre personne – probablement tout aussi inconsciente – qu’elle croit responsable de sa souffrance. En fait, le responsable de toute souffrance est le fait d’avoir fermé les yeux, oblitéré la conscience de ce qui est, réagi mécaniquement, obombré(e) par les conditionnements sociaux, héréditaires, mentaux et émotionnels.

À ce stade, la situation est déjà bien emmêlée. S’y ajoute la complication suivante : on s’en veut d’en vouloir. Cela n’est pas « bien », cela « ne devrait pas être ainsi », ce n’est pas une « attitude spirituelle », etc. D’où la notion de pardon volontaire qui viendrait effacer comme par magie tout cet embrouillamini et remettre les compteurs à zéro. Confusion sur confusion !

La notion de pardon implique qu’il y a eu offense. C’est-à-dire qu’un point aveugle, un angle mort s’est installé à un moment donné dans notre existence, dans le vécu d’une expérience. En état de léthargie, nous n’avons pas vu arriver un événement désagréable qui semble ainsi nous « tomber dessus ». Nous sommes alors inconscient(e) de notre rôle dans tout cela, de notre participation active, de notre co-responsabilité. Nous tissons nous-même notre destin par nos pensées, nos émotions, nos réactions ; et lorsque le motif de la tapisserie nous déplaît, nous cherchons un coupable (ce ne peut en aucun être nous-même, n’est-ce pas ?). Alors que ce que nous prenons pour une offense, une attaque, un coup dur n’est en fait qu’une alerte, un réveil de l’assoupissement spirituel dans lequel nous avons laissé glisser de nos mains le fil de notre destin. Ce réveil, loin de devoir nous enfermer dans un cycle stérile et superficiel de rancune et de pardon, nous invite à « rembobiner » la scène, à effectuer avec recul et hauteur une analyse lucide et sans concession de notre implication dans la situation en question.

« Si j’avais su que ça arriverait ! » Pour savoir, il faut voir. Et pour voir, il faut ouvrir les yeux, être attentif d’instant en instant ; à soi-même, à l’autre, aux signaux d’alerte. Ce qui n’est pas vu ne peut être compris, et encore moins accepté. Alors, dans cette obscurité intérieure, surgissent les fantômes du grief, de la rancune… et du pardon. C’est-à-dire l’enfermement dans une dualité sans issue.

La vision intégrale, l’observation neutre – ce qu’on appelle communément l’objectivité : la perception de soi-même comme un objet parmi d’autres et non comme un centre essentiel – élimine toute notion de reproche comme de pardon. Car alors il n’y a plus offense, sentiment d’offense, mais compréhension. Compréhension des enchaînements inexorables des causes et de leurs effets, compréhension de l’autre en tant que miroir, de ses tendances, de ses intérêts, compréhension de l’interactivité de ceux-ci avec les nôtres, compréhension et vision instantanée de ce qui est, tel que cela est, sans attachement à tel ou tel scénario qui nous serait habituel et/ou avantageux. Dans la compréhension issue d’une vision claire, impersonnelle, tout conflit se dissout. La conscience s’élève et se libère par le haut du marécage des pensées, des émotions et des sentiments négatifs centrés sur soi, tous générés par le désarroi d’un aveuglement décidé ou subi, de la poursuite d’objectifs égocentrés incompatibles avec les lois de la Vie universelle.

Le véritable pardon, c’est la libération de toute identification au rôle de « victime » – rôle qui nous maintient dans les limites étouffantes d’un ego meurtri. Il n’existe en fait ni victime ni coupable, ni offensé ni offenseur ; seulement un conflit d’intérêts contradictoires nés d’une situation dans laquelle nous nous sommes nous-même positionné(e) un jour pour des raisons qu’il nous importe maintenant de découvrir. Le pardon véritable, c’est porter dignement sa part de responsabilité dans tout ce qui advient ; c’est accepter qu’il en soit ainsi pour notre édification spirituelle. C’est remercier sincèrement, du fond du cœur, tous les êtres et les événements qui nous ont – parfois brutalement – réveillé(e) d’un assoupissement de la conscience dont nous étions seul(e) responsable.

Jean Bousquet

facebook.com/JeanBousquetSpiritualiteVivante/

Pour découvrir davantage de textes de Jean : https://magazine.etreplus.be/?s=jean+bousquet

Ce texte est extrait de son dernier ouvrage Près de la Source publié aux éditions du Septénaire.

 

 

Tags: compréhension, Conscience, Eveil, pardon, responsabilité

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