Nous entrons dans un temps où tout est mis en lumière, où un nombre toujours plus important d’êtres humains ont soif de clarté, de vérité, d’authenticité, de transparence. Toute réalisation personnelle au détriment du bien commun – tout désir même de réalisation, d’accumulation, de sécurité – est une ombre, un facteur d’opacité, de division, de séparation délétère. Les organisations (gouvernements, entreprises, religions, partis politiques, associations diverses…) qui accueillent, abritent et encouragent l’ambition solitaire, la soif de pouvoir, l’opportunisme – avec la peur et le conformisme qui les accompagnent inévitablement – sont condamnées à faire naufrage et à se trouver emportées et disloquées dans ce flot de lumière et de vérité qui enfle d’année en année.
Nous entrons dans un temps où rien d’obscur ou de caché ne peut subsister durablement. Tout se révèle, tout éclate au grand jour : les malversations, les manœuvres sournoises, les mensonges, les dissimulations et manipulations, les conflits d’intérêt, la corruption, la rétention d’informations, les combines et magouilles, les motivations inavouables et inavouées. L’ère qui s’ouvre appartient tout entière à la transparence limpide, à la sincérité, à l’intégrité, à la décision et à l’action communes. Tout ce qui ne peut pas être dit ouvertement sera progressivement et rapidement balayé, banni, rendu inopérant. Les comportements égocentriques, auto-protecteurs, dissimulateurs – ceux-là même qui nous ont conduits au chaos environnemental, social, économique et spirituel actuel – disparaîtront comme on oublie un mauvais rêve. Non pas tant parce qu’ils sont démasqués et combattus par toutes sortes de lanceurs d’alerte, de journalistes d’investigation, d’ONG et d’activistes, mais parce qu’un autre monde, encore parallèle, émerge ; d’autres mentalités, d’autres fonctionnements humains plus intelligents et sensibles, tenant compte de l’intérêt général duquel nous sommes tous dépendants, se font valoir et s’amplifient. C’est une révolution silencieuse, pourtant très active, qui rend peu à peu obsolètes les vieilles structures de pouvoir rongées par la lèpre morale qu’elles génèrent et entretiennent.
La lumière d’une nouvelle conscience, la clarté d’intention, la transparence dans les actes s’infiltrent dans les failles croissantes en nombre et grandissantes d’une vieille civilisation qui n’a pas su répondre aux exigences de sa vocation spirituelle et humaniste initiale, qui n’a pas su se renouveler, se remettre en question. L’effondrement de ce mur de ténèbres laisse la voie libre à une lumière si longtemps refoulée, combattue, étouffée. Les fissures et les brèches qui s’ouvrent chaque jour ne peuvent plus être colmatées, seulement camouflées temporairement : elles deviennent trop nombreuses, elles s’élargissent trop rapidement, elles se multiplient exponentiellement et se rejoignent pour former des abîmes. Les artisans du mensonge officiel et de la désinformation planifiée sont débordés. Et surtout : leurs gesticulations sont mises en pleine lumière, elles sont vues et éclairées par un nombre croissant de consciences ; elles attirent même l’attention sur les zones d’ombre qu’elles sont censées cacher et préserver de tout regard.
Nous entrons dans un temps où les intentions sont rendues intelligibles, clairement lisibles, au-delà des discours et des postures. Les arrière-pensées sont poussées sur le devant de la scène, sous le plein feu des projecteurs. Adaptons-nous ou disparaissons ! Défaisons-nous des ambitions obsessionnelles qui nous encombrent et nous aveuglent, des projections idéales qui masquent notre réalité ambivalente, des stratagèmes et des comportements iniques que nous mettons si opportunément en place lorsqu’ils servent nos intérêts – tout en les fustigeant hypocritement lorsque d’autres les emploient –, des poursuites illusoires qui nous contraignent à la malhonnêteté intellectuelle, à la fourberie, à la trahison et à la violence envers la vérité, envers notre propre intégrité, envers nos semblables. Tout ce qui, en nous, nous incite à humilier, à bafouer, à exclure, à supprimer, doit être rejeté avec force, sans complaisance. Car ces pulsions internes nous pourrissent, nous corrompent de l’intérieur, nous éloignent et nous coupent de la source de conscience qui ne demande qu’à jaillir et nous abreuver d’instant en instant. Ce que nous perdons ainsi, par nos manœuvres au service d’objectifs égotiques, est bien plus précieux que les « trésors » illusoires, fragmentaires et passagers qu’elles nous promettent de saisir.
Ce qui se détourne de la lumière s’étiole dans sa propre ombre. Ce qui refuse la clarté se condamne à tâtonner dans les ténèbres sans pouvoir trouver d’issue. Ce qui rejette la transparence anéantit sa propre capacité de vision. Tout devient ainsi sombre, flou, opaque, pour ceux-là même qui instaurent, encouragent et entretiennent fébrilement l’aveuglement collectif. Quel enfer de vivre ainsi ! Alors que la lumière paisible d’une conscience libre est si proche, éternellement disponible !

Jean Bousquet
Dernier ouvrage de Jean : Près de la Source publié aux éditions du Septénaire.












