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Le poids de l’ego

L’ego est souvent perçu comme une simple construction psychologique, nécessaire à notre identité. Mais lorsqu’il devient trop lourd, il influence profondément notre rapport à nous-mêmes, aux autres et au monde.
Dans ce texte dense et inspirant, Jean Bousquet explore le poids invisible de l’ego, ses répercussions collectives et la possibilité d’un allègement intérieur par un retournement de conscience.

Une humanité profondément interconnectée

Le poids de l’ego – lourd de son passé, de ses certitudes non-validées par l’expérience des faits, de ses aspirations et croyances, de ses peurs et réticences, de ses réactions auto-défensives primaires – ne se fait pas douloureusement sentir que sur le système humain qui l’abrite et lui sert de caisse de résonance : il pèse également sur son entourage proche, ses relations sociales et, plus invisiblement mais tout aussi lourdement, sur l’ensemble de ce grand corps hétérogène, cette grande famille que constitue l’humanité.

En effet, nous sommes liés par des liens sanguins, raciaux, culturels, émotionnels et mentaux à la totalité de l’espèce humaine, de notre espèce. D’où notre intérêt, notre émotion, notre indignation, notre commisération ou notre soutien pour ce qui se passe à l’autre bout du monde. Nous ne connaissons pas ces gens qui souffrent ou se rebellent aux quatre coins de la Terre – nous ne les avons jamais rencontrés et ne les rencontrerons très probablement jamais –, mais nous connaissons bien leur humanité, leur condition humaine qui est aussi la nôtre, que nous partageons avec eux.

Lorsqu’une part d’humanité souffre ou se libère, c’est toute l’humanité qui souffre ou se libère à travers elle ; qui est secouée, meurtrie ou soulagée. Un réseau subtil d’information instantanée nous relie tous, qui n’a rien à voir avec les outils numériques et le journalisme.

Le poids invisible de nos pensées

Que nous en soyons conscients ou non, ce qui frappe n’importe quel de nos semblables nous touche également. Non seulement nous sommes tous dans le même bateau, mais nous sommes tous ce bateau ; chacun(e) de nous en est une planche ou un rivet. Et si une planche ou un rivet vient à manquer, c’est l’ensemble du navire qui est en danger de prendre l’eau et de sombrer.

D’où notre immense responsabilité face à tous ; d’où notre immense vulnérabilité face à tous. Si nous alourdissons notre propre charge, le poids de notre ego, en accumulant et en nous engageant jour après jour dans des pensées, des émotions, des paroles et des actions futiles, nous aggravons l’état d’être déjà bien endommagé de l’humanité.

À l’inverse, si nous allégeons notre propre état d’être en évitant de le polluer davantage par notre engagement dans les activités précitées, nous allégeons d’autant le fardeau commun. Comme le dit le proverbe :

« En nettoyant devant sa porte, c’est toute la rue qu’on embellit ».

Mais si la rue est souillée par des voisins irresponsables, c’est aussi mon seuil qui est sali. Nous sommes étroitement solidaires les uns des autres, que cela nous plaise ou non.

L’ego comme source de souffrance collective

D’où la nécessité d’une extrême vigilance par rapport à nos pensées. Les pensées négatives, rabaissantes, dégradantes que nous laissons se développer en nous et nous envahir envahissent également la collectivité à laquelle nous appartenons corps et âme.

Et l’état d’être général ainsi dégradé de notre société humaine endommage à son tour le nôtre. Cette « solidarité » naturelle, automatique, n’est pas la conséquence d’une éthique partagée ou d’une idéologie à laquelle nous adhérerions tous, mais un fait réel, biologique, qui nous unit indissolublement, bon gré mal gré, à l’espèce humaine.

Nous appartenons, en tant que cellule, à cette immense spirale que constitue l’humanité ; il nous appartient que cette spirale soit descendante ou ascendante.

Tous les maux qui pèsent sur les épaules de l’humanité – maladies, guerres, injustices, pollutions… – n’ont qu’une seule et unique source : l’ego.

Vers une transformation intérieure

La somme des egos rassemblés peut être mesurée en termes de chagrins, de pertes, de souffrances. Et tenter de panser toutes ces plaies ne sert à rien si nous laissons agir le criminel armé qui les a ouvertes et continue d’en ouvrir seconde après seconde.

La prise de conscience, même seulement intellectuelle, de la cause de tous nos maux devrait nous rendre au moins plus prudents par rapport aux différentes formes d’affirmation de soi que nous employons quotidiennement.

Mais si nous sommes plus profondément touchés, jusque dans notre chair, par cette réalité qui nous concerne, alors un processus de distanciation se déclenche en nous qui mène à une transformation radicale de toute notre manière d’être au monde et à nous-même : une auto-révolte.

Se libérer du poids de l’ego

Le poids de l’ego peut être déposé quand nous (re)prenons contact avec notre Être véritable, essentiel. Alors, nous ne confondons plus le voyageur avec sa valise ; nous cessons de nous identifier au bagage que nous avons toujours porté, de lui offrir toute notre attention, tous nos soins diligents, toute notre énergie.

Il s’allège donc conséquemment, progressivement, jusqu’à disparaître du champ de notre conscience libérée. Toute notre précieuse attention, maintenant délivrée de cette préoccupation accaparante et inutile, se porte sur le « voyageur » lui-même, notre Être essentiel dont le périple un moment ralenti et entravé reprend son cours universel.

Jean Bousquet

Pour découvrir davantage de textes de Jean : https://magazine.etreplus.be/?s=jean+bousquet

Ce texte est extrait de son dernier ouvrage Près de la Source publié aux éditions du Septénaire.

Tags: Conscience, égo, Humanité, Spiritualité, transformation

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