Une barrière solide sépare l’amour de l’Amour. Lorsque tu te trouves d’un côté de cette barrière, l’autre côté t’est totalement inaccessible.
Cette barrière n’est pas une muraille, mais une zone de purification où tu déposes peu à peu, en la traversant, ton intellectualité, ta sentimentalité et ta sensualité. Une fois débarrassée de ces oripeaux, ton âme se tient nue dans la Lumière, comme elle est elle-même Lumière. Elle n’aime alors ni ne déteste rien : elle est elle-même Amour. Car cet Amour, qui n’est pas un sentiment, est sa substance même, son rayonnement, son identité. Sa nature est de rayonner, tout comme le soleil. Et ses radiations pénètrent et traversent toute matière, indifféremment.
Tu refuses de franchir cette barrière, de traverser cette zone de turbulences cathartiques, parce que tu as encore besoin, pour parvenir à pleine maturité, des morsures cuisantes de l’illusion. L’illusion n’est pas une entité extérieure à nous-mêmes qui viendrait de temps à autre nous influencer négativement. L’illusion, c’est croire que ce que nous montre notre intellect est vrai ; que ce que nous fait ressentir notre sensibilité est réel ; que l’activité des sens est naturelle et bienfaisante.
L’illusion n’est autre que la somme de tous les conditionnements qui nous font penser, ressentir et expérimenter tout ce que nous pensons, ressentons et éprouvons comme étant vrai, certain, réel. C’est pourquoi nos illusions respectives sont si différentes, si personnelles, et si difficiles à accorder les unes aux autres. Alors qu’il n’existe pas de séparation dans la Vérité de l’Amour.
L’illusion imprègne tout notre être, toute la société, toute l’humanité, et nous revêt de couches successives dont les fibres solides s’entrelacent jusqu’à former une camisole de force indéchirable. Lutter contre l’illusion est inutile, irréaliste, car ce qui lutte appartient aussi à l’illusion, et son activité redoublée la renforce, la nourrit, en resserre encore l’étreinte. Nous ne pouvons que la déposer petit à petit, à mesure que nous prenons conscience de l’étendue de son emprise sur nos pensées, nos sentiments et nos actes.
Rien ne peut retenir l’Amour ; rien ne peut L’entraver ; rien ne peut Le diminuer ou L’augmenter ; rien ne peut Le produire, car Il est Sa propre Source. Sans cet Amour, il ne peut exister de vrai couple, de vraie famille, de vrai groupe, de véritable fraternité humaine ; seulement des alliances égoïstes fugitives corrompues par les tensions contradictoires.
L’amour (ton amour !) s’adresse à ceux que tu aimes, exclusivement ; l’Amour est une ressource qui ne t’appartient pas et dans laquelle tu peux puiser indéfiniment pour nourrir tous ceux que tu rencontres, et aussi tous ceux que tu ne rencontres pas ; tous ceux que tu aimes, et aussi tous ceux que tu n’aimes pas.
L’amour est une irréalité changeante, kaléidoscopique, qui entraîne avec elle un tourbillon de sensations, d’impressions et d’émotions déstabilisantes. L’Amour, au contraire, est une réalité éternelle, universelle ; une énergie cosmique à la fois indomptable et immuable. Il génère et nourrit la paix de l’âme et des sens ; Il éclaire l’esprit de Sa sagesse, Il le baigne de lucidité et de détachement.

Jean Bousquet
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Ce texte est extrait de son dernier ouvrage Près de la Source publié aux éditions du Septénaire.












