Si vous connaissez un peu ma chaîne YouTube, vous savez sans doute qu’il m’arrive de relater des conversations que j’ai dans le bistrot où je vais prendre un café le matin, et où je connais pas mal de monde. Un bistrot de quartier parisien.
En voici une, toute fraîche de ce matin.
Un type que je connais de vue vient au comptoir où je discute en riant avec un vieux copain. Il s’immisce dans notre conversation, comme cela arrive souvent dans les bistrots (c’est probablement pour ça que j’aime tant y passer du temps le matin, quand je le peux). Rapidement, notre conversation dérive, je comprends qu’il connaît ma passion pour la vie spirituelle. Mon copain reste avec nous, mais il écoute sans intervenir.
– Une démarche spirituelle impose d’être honnête, n’est-ce pas ? » me demande-t- il
– Oh oui, absolument !
– Alors, si je suis vraiment honnête, je suis bien obligé de reconnaître que je suis enfermé dans un tourbillon incessant de pensées et que je suis enfermé dans mon corps. C’est ma réalité » … il m’observe, attendant que je lui réponde.
Je suis à l’écoute, non seulement de ses paroles, mais de ses silences, et de ce qui se présente en moi-même… cela prend quelques instants pour que je lui réponde :
– Tu es vraiment enfermé dans tes pensées ?
– Absolument, sans interruption…
– Ah, je vois… et il n’y a pas d’intervalle entre deux pensées ? je lui lance.
Il semble étonné de ma question, et me dit qu’il va regarder. Je lui dis de regarder maintenant.
– C’est dingue ! ce n’est même pas un intervalle ! quand j’observe, ma pensée s’arrête carrément.
– Ah, donc tu n’es pas enfermé dans un tourbillon de pensées si tu es attentif, c’est ça ?
– Oui, on dirait. C’est dingue, je ne l’avais jamais remarqué, je pense tout le temps…
– Peut-être que c’est juste l’impression que te donne le fait de suivre tes pensées et de les prendre au sérieux… mais laissons-ça de côté si tu veux bien. Parlons plutôt de cet enferment dans ton corps, ok ?
– Là, c’est incontestable, je suis vraiment enfermé dans ma carcasse, et plus encore quand j’ai mal…
– Et si tu te places là où il n’y a pas de pensées, comme à l’instant ?
Il prend le temps d’essayer, son visage se détend, puis il éclate de rire…avant d’ajouter :
– Je ne suis plus enfermé dans mon corps ! il rit encore et me dit que je suis un sorcier ou un magicien.
– Oh non, ni l’un ni l’autre ! simplement, je sais par expérience directe que seule la pensée nous donne l’impression d’être enfermé. Dès qu’on observe vraiment ce qui se passe, il n’y a plus de barreaux, ni de murs, ni de limites. On ressent notre corps depuis cet espace au sein duquel peuvent jaillir et disparaître les pensées, le corps et tout le reste. Et cet espace, il est toujours déjà là, donc, si on est vraiment honnête, pour reprendre ce que tu disais au début, on est obligé de reconnaître qu’on n’est jamais enfermé, sauf si on pense l’être et qu’on se cramponne à cette pensée et aux sensations d’enfermement qu’elle accompagne.
– Mais alors, on n’a pas besoin de yoga, de méditation, de prières ! s’exclame-t-il joyeusement.
– Oh, rien ne t’empêche de prier, méditer, faire du yoga, mais pas pour en obtenir quelque chose, et surtout pas pour être libre : ça ne ferait que renforcer ton impression d’être enfermé et de vouloir sortir. Moi, je t’invite à découvrir ou reconnaître que tu es toujours déjà libre, si tu ne penses pas être enfermé. Et tu as vu et senti: ce n’est pas un jeu de l’esprit, c’est la réalité qu’on peut instantanément vérifier par soi-même en soi-même. » je me mets à rire et il se joint à moi, le regard pétillant et l’air tout détendu…
– Je voudrais juste te dire un dernier mot, si tu le permets : il ne faut pas confondre être honnête et s’auto-limiter ».
Il est parti après avoir exprimé sa gratitude, et j’ai pu reprendre ma conversation frivole avec mon vieux copain…
Les amis, c’est si simple : juste s’autoriser à reconnaître l’espace de présence au sein duquel se déploient les pensées, les sensations, les sentiments, le chant du monde, et revenir à cet espace encore et encore…. nous sommes déjà libres et heureux. Un moment vient où nous reconnaissons cet espace comme notre vraie présence, on est chez nous. Mais tant que ce n’est pas le cas pour vous, revenir encore et encore sur les ailes de la présence attentive non impliquée et non réactive vous rappelle votre liberté innée.

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