Après avoir défini l’éveil comme l’éveil de la conscience et le désir d’éveil comme le moteur qui va nous faire avancer sur le chemin spirituel*, il faut se poser la question : comment aller vers le dévoilement de l’éveil en nous, sans user d’effort et de volonté propre, mais en le laissant se déployer ?
Comme outil de travail, j’ai développé une compréhension en trois « plans » de l’éveil de la conscience :
Éveil de la conscience dans et par les sens
Éveil de la conscience dans l’intériorité
Éveil du sentiment de Présence aimante
Il ne s’agit pas de différents éveils, mais de l’éveil qui se décline sous différents aspects. Ces trois « plans » s’interpénètrent et ce n’est que pour nous que nous pouvons les vivre sous un aspect ou l’autre.
La conscience dans et par les sens
Le premier plan, c’est le plan corporel, celui où nous entrons dans la conscience de notre matérialité, avec et par les sens. Les sens sont ce qui nous relie au monde extérieur (dont nous faisons partie, vue de l’esprit). L’élargissement de l’attention portée au sens est un élargissement de la conscience. Nous pouvons élargir notre sens visuel en prenant conscience de tous les objets qui composent le champ visuel ou en affinant les perceptions des couleurs, des formes ou des mouvements. Nous pouvons faire de même avec l’ouïe et ouvrir l’espace conscient auditif en accueillant tout ce qui advient dans la sphère auditive. Nous pouvons explorer tous les sens, la sensation tactile, la sensation de la pesanteur, de la chaleur et de bien d’autres objets sensoriels. En laissant ces consciences sensorielles ouvertes, elles élargissent la conscience globale (le bouddhisme tibétain parle de « conscience racine »).
Une fois que le corps est conscient et que tous les canaux sensoriels sont ouverts, on ne remarque pas forcément que l’esprit est posé dans un immense silence et que le mental est disponible mais qu’il ne s’impose pas. « Il se fit un grand calme (hesychia) » lorsque Jésus est éveillé sur le bateau soumis à la tempête. Cette prise de conscience du silence intérieur, vaste et paisible, permet de rentrer dans l’espace intérieur et de favoriser l’éveil de la conscience dans l’intériorité.
La conscience dans l’intériorité
On se retire alors des sens pour diriger l’attention vers l’espace intérieur. Mais ce retrait des sens (formule consacrée) ne signifie pas qu’on se sépare des perceptions corporelles. Comme pour les consciences sensorielles, on rajoute, on ne passe pas de l’une à l’autre en oubliant la première. La conscience est infinie, on peut y aller ! L’éveil de la conscience dans l’intériorité peut s’expérimenter très simplement. Si j’ouvre la conscience visuelle en accueillant tout de la manière la plus large possible, je vois que ce champ est immense. Si je ferme les yeux, les objets disparaissent du champ, mais la conscience est toujours là, elle a la taille du champ visuel. À partir de là, on se rend compte que cette conscience de l’intériorité s’élargit – parfois très vite – à l’infini. L’espace conscient intérieur est infini. Ne craignez rien, vous ne risquez rien et vous retrouverez les vitres à nettoyer à la fin. Vous les ferez juste mieux, et dans un esprit joyeux.
Le sentiment de Présence aimante
Ce champ intérieur infini n’est pas vide. Il y a une présence, la vôtre, à vous-mêmes. Maître Eckhart a reconnu cette présence à moi-même comme la Présence, la conscience qui prend conscience d’elle-même. Rien d’extraordinaire, juste une Présence. Il faut dire qu’à ce moment-là, je suis aux abonnés absents, puisque je suis au-delà des déterminations particulières de la personne que je suis. Je suis bien au-delà, je n’y suis plus en tant qu’ego : je suis conscience de la grande Conscience. Eckhart dira : « En n’étant plus rien, je suis tout » ou bien « Se vider de soi-même pour se remplir de Dieu » (Pour lui, Dieu est cette Conscience, cette grande Présence aimante).
Le chemin ne s’arrête pas là. Cette Présence est aimante, bienveillante, rayonnante, elle souhaite le bien à tout ce qui est – et à soi-même au passage. C’est cet amour du fond qui fera que je ressortirai de cet état méditatif et que je rayonnerai la joie, la paix et l’amour sans le vouloir. Et que les vitres seront bien faites.

https://www.youtube.com/@LaurentJouvet
* Cette article est le troisième et dernier d’une série:
- le premier « Et si on s’éveillait »
- le second « Les deux volontés »











