Je voudrai vous parler d’accompagner la fin de vie d’un proche ou d’accompagner une personne confrontée à la mort d’un proche.
Dans notre société moderne, comme dans la France catholique d’autrefois, la mort est vue comme une mauvaise nouvelle, associée à la tristesse, au désespoir, à la révolte parfois.
Le bouddhisme propose une vue radicalement différente. Plutôt que de doctrines, partons de notre propre expérience.
Le point essentiel, le point de départ de la vision spirituelle, est de distinguer l’apparence et l’expérience vécue subjective, à la première personne.
L’approche scientifique considère l’être comme un objet d’étude extérieur : elle ne voit que l’apparence, et l’être lui échappe totalement. Un exemple extrême est celui des expériences de mort imminente : vue de l’extérieur, la personne est sur la table d’opération, dans un état de grande détresse physique. En même temps, elle vit à la première personne une expérience d’amour et de clarté mentale immenses : elle n’a jamais été aussi heureuse.
Ce genre de contraste apparaît tous les jours : telle personne très âgée, très diminuée rayonne de joie et d’amour tandis qu’une vedette de la chanson riche et célèbre, qui a toutes les apparences pour elle, se dit en grande souffrance psychique…
Nous ne sommes pas notre apparence.
La personne que j’aime n’est pas cette apparence que je vois.
Songez-y quand vous pensez à une personne en fin de vie, ou décédée.
Ne vous attristez pas pour le sort supposé de la personne en fin de vie.
Mon expérience de l’accompagnement m’a prouvé que par notre présence, sans peur, nous pouvons amener la personne en fin de vie à la sérénité du stade « d’acceptation lumineuse ». Dans les derniers instants, on peut prendre la main de la personne et rester simplement en silence. Soyez avec elle comme avec un tout jeune enfant, un nouveau-né. Même si elle est inconsciente, même (et surtout) si elle a perdu l’esprit rationnel, elle est extrêmement sensible à la qualité de votre présence pure ; et inversement, elle sera troublée et tourmentée par une personne pleine de pensées confuses, complètement prise par les regrets… et surtout la peur.
Le pouvoir de l’instant présent est immense. Vous amenez la personne à partager cet instant présent, qui est sans âge, éternellement jeune, sans naissance ni mort.
Il en est de même au moment du décès et juste après. La personne est en connexion immédiate avec quiconque pense à elle. La vie continue, la pratique continue, le lien continue, rien n’est coupé ou fini.
Bien sûr, cela n’empêche pas le deuil lié à la disparition de l’apparence de la personne, qui peut nécessiter un accompagnement. Le bien-être de la personne décédée sereinement n’a rien à voir dans cette tristesse.
Il est bon de penser à cela bien avant, dès maintenant.
Lorsqu’on est sur un vrai chemin spirituel, vécu et habité, on va de bonheur en bonheur avec l’âge. Il y a croissance et non déclin. La mort est alors, selon les mots d’Elisabeth Kubler Ross, l’ultime étape de la croissance. Dans le cas contraire, un accompagnement complet est nécessaire pour permettre à la personne d’en finir avec le ressentiment et d’arriver en fin de vie dans le pardon et le lâcher prise : un travail à commencer dès maintenant.
Tout va donc se jouer sur la qualité de notre présence. C’est le point central. La fin de vie peut être une expérience très aimante et joyeuse. C’est la mort de la chenille et l’envol du papillon.












