Dans le monde spirituel, l’enseignement généralement donné concernant les émotions est de les accueillir, de les accepter sans réserve, d’abandonner la lutte ou l’évitement. C’est certainement un très bon conseil, c’est la sagesse de la méditation appliquée aux situations émotionnelles. Cependant, quand l’émotion est submergeante et nous emporte, l’idée d’accepter reste très théorique. Il y a là un piège largement ouvert, dans lequel je suis tombé plus d’une fois : on fait mine d’accepter, de lâcher prise, on peut même croire intellectuellement qu’on y réussit, alors qu’au fond de nous ça continue à bouillir.
Il y a aussi les émotions subconscientes dont on ne s’aperçoit pas mais qui nous gouvernent : on se sent en contrôle alors qu’on est manipulé de l’intérieur par l’inconscient. C’est assez pernicieux, car on peut devenir paranoïaque et croire que les gens sont injustes envers nous alors qu’ils ont simplement vu le processus à l’œuvre, qui n’est souvent pas à notre avantage. C’est pourquoi tous les feed-backs sont intéressants à écouter, même s’ils nous semblent injustes au premier abord (et le sont peut-être).
On peut aussi essayer d’éviter les situations émotionnelles. Cela peut être une bonne idée jusqu’à un certain point, mais ce n’est jamais possible tout le temps, ni même souhaitable, car l’énergie de l’émotion c’est aussi l’énergie vitale, et s’en couper serait jeter le bébé avec l’eau du bain : c’est ce qui faisait dire à Erasme, philosophe du XVIème siècle, qu’il est beaucoup plus agréable d’être avec les fous qu’avec les sages.
Mais alors, que faire ? Il existe dans le bouddhisme une très belle pratique pour transformer l’énergie émotionnelle en énergie d’amour : c’est la méditation de l’amour bienveillant (metta en sanscrit), où l’on part d’un souvenir d’amour profond, pour ensuite étendre cette intention de bienveillance à notre entourage, puis de plus en plus largement à tous les êtres. On peut même transformer ainsi le ressentiment ou l’animosité que l’on aurait pu garder à l’égard de ceux qui nous ont posé ou qui nous posent problème ; on peut aussi libérer la culpabilité que l’on peut avoir gardé à l’égard de personnes décédées ou vivantes.
En accomplissant cette pratique, on s’aperçoit souvent que la palette des émotions variées est en fait de l’amour plus ou moins vicié par les circonstances adverses ; le souhait profond de réconciliation universelle sous-jacent est toujours là au fond, mais a été recouvert par la frustration et l’échec à le réaliser, ou bien les diverses peurs qui peuvent surgir sur le chemin de la vie. C’est donc une grande guérison, une remise en santé énergétique spirituelle fondamentale…
Vous pouvez retrouver cette méditation guidée ici

Olivier Raurich, Juin 2025
https://www.olivierraurich.com/
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