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Cher Théodore. Dans ta lettre, tu me demandes ce que j’entends par « revenir à ton humanité incarnée dans toute sa profondeur sensorielle ». Tu me disais que tu ne voyais pas le rapport entre la spiritualité et les sens, puisqu’ils n’ont pas le même objet : la spiritualité s’occupant de l’esprit et les sens s’occupant du monde matériel et des perceptions qu’il nous procure.

Au cours des années, j’ai gagné une tout autre compréhension de la spiritualité et je me suis rendu compte de la place essentielle de notre nature corporelle. Une spiritualité désincarnée, qui fait l’abstraction du corps et des sens, est vouée à n’être qu’un jeu de l’esprit, ou au pire une illusion imaginaire. Pourquoi donc ? La clef en est dans la division factice que nous faisons entre le corps et l’esprit ou l’âme. Je laisse de côté pour l’instant la distinction tout aussi factice entre l’esprit et l’âme. Pourquoi

« factice » ? Parce que c’est une distinction intellectuelle, ce n’est pas une division réelle entre deux choses qui seraient différentes, l’esprit d’un côté, le corps de l’autre. Tu sais comme moi que cette séparation vient de l’Antiquité et que l’exemple plus connu est Platon qui pense l’âme existant séparément et « tombant » dans la matière en oubliant ce qu’elle était « au ciel des idées ». Le Christianisme l’a repris plus tard.

Mais dans les faits, toute la spiritualité nous mène vers notre nature première, et celle- ci est « une ». Faire des divisions (qui ne sont pas réelles, mais intellectuelles) nous éloigne de notre source. Mais partons de notre propre expérience. Tu te vis en ayant une certaine corporalité, un âge, un poids, un aspect, mais aussi en ayant une intériorité, là où tu penses, où tu te représentes, où tu te souviens, où tu éprouves sentiments et émotions. Ces deux aspects de toi-même ne sont pas séparés. Il n’y a pas d’un côté un Théodore corporel et un Théodore spirituel qui cohabiteraient. Tu fais « un » avec toi- même, et tu vois bien qu’il n’y a pas de séparation, puisque tes problèmes psychiques résonnent dans des tensions corporelles. Tu te sens corps-esprit ou esprit-corps, tu fais «un».

Et si tu fais « un », c’est toi tout entier, corps-esprit, qui progresse. Thérèse d’Avila dit bien « le corps en a sa part » (je te fais grâce d’autres citations). D’ailleurs, toutes les pratiques spirituelles, qu’elles soient liturgiques, par le mouvement, la posture, la respiration, la méditation assise, etc. passent par le corps parce que le corps et l’esprit sont si intimement entremêlés qu’une pratique corporelle devient une pratique spirituelle lorsqu’elle est faite consciemment.

C’est pourquoi je te conseillais de revenir à ton caractère incarné et de passer par les sens corporels pour habiter le-corps-que-tu-es. Et non le corps-que-tu-as. Quoi que tu fasses, tu t’apaiseras et tu pourras entrer bien plus facilement dans le silence intérieur.

Bonne exploration !

Tags: contemplation, ermitage, liberté, simplicité, Spiritualité

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