Cher Théodore.
Ta lettre m’a trouvé en piteux état : j’ai fait un faux mouvement en coupant du bois et j’ai un tour de rein carabiné. J’ai juste pu rentrer à l’ermitage et me coucher. Depuis, la vie de tous les jours est un peu compliquée. Un des moines m’apporte à manger une fois par jour. Aujourd’hui, il a marché sous la pluie sur un kilomètre, dans la forêt, avec un gros dénivelé. Là, je me suis rendu compte de ma fragilité et que ma solitude n’est pas une tour d’ivoire arrogante, mais que j’ai toujours besoin de l’autre, des autres. Malgré mon mode de vie que l’on peut qualifier de très sobre, j’ai besoin de nourriture, de bois, de soins…
Dimanche, un ami de la communauté viendra à la célébration, et il passera me voir. Il est ostéopathe et j’espère qu’il pourra me remettre ! Je ne peux dire à quel point toutes ces manifestations discrètes d’aide à mon égard me touchent. Je sens mon cœur se dilater de reconnaissance avec tous ces soutiens discrets. Je suis plus reconnaissant et d’un cœur encore plus aimant que lorsque je pouvais me payer les services d’un professionnel.
J’accueille donc ces douleurs et cette limitation de la vie quotidienne presque avec reconnaissance aussi. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est ma condition humaine, avec mes difficultés, mes douleurs, et, finalement ma mort… Refuser cette condition en ne voulant être qu’éternellement en bonne santé, riche et admiré est voué à l’échec, car la vie n’est pas un infini lit de roses… J’attends donc néanmoins l’ostéopathe avec gratitude ! S’il pouvait me soulager, cela me permettrait d’être plus autonome.
Je vais m’arrêter là, je ne peux pas trop rester assis. Prends soin de toi !
Fr. L.











