Cher Théodore !
Je savais que tu rebondirais sur ce que j’avais dit à propos de la distinction entre l’âme et l’esprit ! Personne ne remet cette distinction en cause, quelques-uns y mettent un contenu et la majorité reprend la distinction sans se demander si elle est pertinente. Et pourtant elle est tellement problématique ! On s’appuie sur Paul qui parlait de « corps, âme et esprit », mais sans les définir. Et chacun y va de sa définition. Jusqu’au jour où, dans une discussion, j’ai entendu deux personnes polémiquer : l’une disait que l’esprit c’était le mental, avec les images, les pensées, etc. et que l’âme, c’était la partie divine. L’autre lui répondit : « Mais non, c’est exactement le contraire ! ». Et là, j’ai compris … Les mots n’ont que les contenus qu’on y met, et ils ne sont pas la réalité.
Revenons à notre propre expérience, alors. Je te fais grâce des définitions des philosophes et des théologiens qui aiment bien diviser – pour mieux régner sur leurs élèves. Ha, ha. D’ailleurs, Maître Eckhart utilise tous ces mots de manière interchangeable : esprit, âme, intériorité, cœur, etc. En revanche, si on se penche sur l’idée d’une présence de « Dieu » dans l’espace intérieur, va-t-elle être séparée, distincte ou, au contraire, « imbiber » toute l’intériorité ? C’est la guerre entre les soldats de l’immanence et les milices de la transcendance. Mais laissons-leur le plaisir de s’écharper sur des choses dont ils n’ont aucune expérience…
Je te donne ma manière de voir, qui rend bien compte de ma propre expérience intérieure et que je trouve opérante pour m’orienter.
Pour moi, tout a basculé lorsque j’ai arrêté de considérer que « Dieu » était extérieur à moi et qu’il agissait depuis un « ciel » inaccessible. J’ai compris que non seulement, il habitait en moi, mais qu’il n’y était pas sous la forme d’un locataire. Il est dans tout mon espace intérieur, pleine de pensées, d’image et de souvenir, il est mon espace intérieur, le lieu où tout cela advient. C’était un retournement total : ce que l’on appelle « Dieu » (ce qui est à la source de ce tout qui existe) est le lieu de mon intériorité, avec tous les objets qui l’encombrent.
Par contrecoup, le corps et l’esprit n’étant pas des entités séparées, mais deux manières de voir la même réalité (« moi », même si ce n’est pas le petit moi des conditionnements de l’ego), alors il a fallu que j’accueille la réalité qu’on nomme
« Dieu » aussi dans mon corps. Jean dit bien « la vie est la lumière des hommes » ; je l’entends comme la manifestation du divin jusque dans mes cellules. Paul dit « ne savez-vous pas que votre corps est le temple de Dieu ? » On en a fait une diatribe contre les comportements non convenables, mais je l’entends à un niveau plus élevé.
Mais je cause, je cause. Je dois rentrer du bois. L’âme et l’esprit nous ont emmené bien loin !
Fr. L.

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