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Compréhension / réalisation

Les connaissances spirituelles sans la pratique sont un fardeau écrasant pour l’âme.

Nous pouvons comprendre mentalement les enseignements spirituels les plus purs, les plus subtils. L’entraînement intellectuel et la plasticité neuronale naturelle du cerveau peuvent nous propulser vers des sommets vertigineux de savoir et d’agilité rhétorique. Des concepts comme Dieu, Christ, Tao, Atman, Éveil, Libération, Esprit, Gnose, Êtreté, Supramental, etc. peuvent être analysés finement, décortiqués, réduits à des éléments de langage, et parfaitement inclus dans un récit cohérent, compréhensible, explicatif. S’il s’ajoute à tout cela de bonnes capacités d’expression verbale ou écrite, on peut s’emparer de ces concepts et jongler habilement avec eux. On devient ainsi un « spécialiste » reconnu, un « expert » en spiritualité, une autorité compétente dans le domaine.

Mais qu’en est-il alors d’une réalisation effective, vécue au quotidien dans les actes, dans les relations, par une attitude auto-révolutionnaire authentique venant du plus profond de l’être, par une transformation radicale de la conscience ?

Tout ce qui peut être mis en mots, conscientisé, verbalisé ; tout ce qui peut être nommé, reconnu, est immanquablement un produit de la pensée. Le mot habille le concept plus ou moins élégamment, mais le concept lui-même n’est pas la chose conçue. Aussi belle, noble, impressionnante, cohérente ou séduisante que puisse paraître une conception mentale de l’infini, par exemple, celle-ci n’aura jamais aucune relation, aucune ressemblance, aucune correspondance, aucun atome commun avec l’infini lui-même, par nature « impensable ». Une création de la pensée reste un objet mental élaboré à partir des matériaux limités de l’espace et du temps, comme l’est la pensée elle-même.

Comprendre peut nous rendre plus pertinent(e), plus subtil(e), plus efficace, plus puissant(e) aussi, mais la réalisation spirituelle n’a rien à voir avec un quelconque développement. Le moi peut bien tout comprendre, et ainsi s’enfler démesurément, accroître son emprise sur les êtres et les choses. Mais la réalisation spirituelle implique sa disparition, son effacement, sa dilution dans un espace illimité où ses valeurs, ses qualités, ses acquis, n’ont pas cours, sont ineptes. La compréhension est un processus mental individuel, d’où la diversité des interprétations et sensibilités ; la réalisation est par essence impersonnelle. Le moi qui « comprend » et le moi qui s’efface parcourent des voies diamétralement opposées : le premier (se) projette ; le second s’éteint dans le silence et la paix.

Le Verbe originel – la vibration créatrice primordiale omniprésente – gît étouffé sous l’attachement à un vocabulaire ésotérique ou spiritualiste. C’est lorsque le discours prend fin que le sens du récit de la Vie se révèle. Celui-ci ne peut être mis en mots, mais seulement goûté en silence, dans l’abnégation de toute velléité d’accaparement, d’exploitation, de mise en valeur ou de conservation de soi.

Toute compréhension – aussi vaste, profonde, inclusive et subtile soit-elle – reste une conclusion, un arrêt sur image qui ne peut être que provisoire, imparfait, partiel. Car la Vie ne connaît pas de conclusion, pas d’arrêt, pas de limite. Elle est un processus sans fin ni commencement dont nous ne sommes que des particules éphémères. La mort, la disparition, la perte, ne sont que des changements d’état, de perspective. Tout n’est que transition, sans destination ultime. Il n’y a pas de

point final, pas de morale définitive à tirer : seulement des situations qui s’enchaînent, des interactions à niveaux multiples, des combinaisons, dissolutions et recombinaisons permanentes, perpétuellement changeantes. Rien n’est jamais terminé, ni parvenu à sa fin. Lorsque nous voyons une rivière se tarir, nous ne voyons pas la circulation des eaux souterraines qui rejailliront tôt ou tard à sa source.

Savoir conceptualiser une voie spirituelle, la parcourir en pensée et en paroles jusqu’à son ultime aboutissement, ne signifie pas qu’on ait même seulement encore posé un doigt de pied dessus. Comme son nom l’indique, la réalisation spirituelle a à voir avec la réalité, pas avec les idées, les concepts, le savoir au sujet de la réalité. Une compréhension figée (et toute compréhension l’est inévitablement), même brillante, est à la réalisation de la Vie universelle ce qu’une mare d’eau croupie est au fleuve majestueux qui s’écoule, impérial, vers l’océan.

Seule la réalisation spirituelle intérieure, réelle, effective – qui est disparition, effacement, dissolution – peut réintroduire notre être essentiel dans le courant infini de la Vie, inaccessible à la pensée et pourtant omniprésent.

 

Jean Bousquet

Tags: Conscience, égo, Eveil, non-dualité, réalisation, Spiritualité

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