Screenshot

La vérité

La vérité est crue, simple, neutre, terriblement banale.

Elle exclut toute rêverie romantique ou projection métaphysique. Elle résulte d’une observation lucide exempte de tout désir de découvrir quoi que ce soit, de toute analyse psychologique ou symbolique, de toute généralisation philosophique, de tout intérêt intellectuel ou mystique. La vérité est cette observation même, pas autre chose. La vérité est « ce qui est », ce que vous êtes essentiellement, ce qui demeure lorsque toutes les prétentions humaines à la capturer se sont désintégrées dans la connaissance de soi-même et des mécanismes ataviques de possessivité et de pouvoir qui nous meuvent et nous émeuvent. Les motivations réelles qui animent le monde, derrière les postures et les discours d’apparat, sont les mêmes qui nous animent de jour en jour : la recherche du plaisir maximum et immédiat, du confort et de la sécurité ; l’évitement de toute souffrance ou remise en question profonde de nos modes de pensée et de vie ; l’affirmation de soi, de notre volonté, de nos préférences, de nos opinions, croyances et certitudes.

Traditionnellement, la vérité est représentée par une vieille femme nue et décharnée, aux chairs flasques et aux seins tombants, ridée, décrépite et hirsute. Elle est dénuée de toute espèce d’attractivité, de séduction ou de sensualité. Elle se présente telle qu’elle est, sans fierté ni honte, sans pudeur ni arrogance. Si elle nous semble laide, c’est par comparaison avec nos rêves de beauté désirable, avec les images des magazines, des clips et des affiches aux charmes photoshopés.

On cherche habituellement la vérité dans un élan d’acquisition intellectuelle d’une vision définitive et globale qui mettrait fin à nos doutes, à nos interrogations et incertitudes. Alors qu’elle n’est qu’observation de chaque détail de l’existence pour lui-même, tel qu’il se présente, indépendamment de tous les autres et de notre mémoire. Cette observation sans conclusion, sans compte-rendu ni analyse ni synthèse, nous dévoile la vérité en renversant toute barrière séparatrice entre l’observateur et l’observé. Elle se fond dans l’Amour qui est Unité, dans la Beauté qui n’a rien à voir avec la forme mais qui rayonne de l’essence même des êtres et des choses.

La vérité n’est pas mentale.

Elle engage tout l’être, tout le système humain dans une ouverture inconditionnelle au Réel. Elle est simple perception sensorielle dénuée d’intention, libre de tout passé, de tout conditionnement, de toute évaluation, de toute orientation « spirituelle », religieuse, politique ou philosophique.

La vérité n’est pas dans les livres ni dans les pensées élevées.

Elle n’est pas non plus dans les beaux sentiments, même les plus épurés. Elle réside tout entière dans la réalité physique, matérielle, perçue telle qu’elle est. La vérité ne change rien d’autre que le regard que nous portons sur le monde. Elle libère ce regard de tous les filtres amalgamés du souvenir, de la recherche compulsive de plaisir, de la crainte et du souci.

Si vous cherchez la vérité dans la perspective de vous approprier une connaissance brillante qui vous valorise aux yeux des autres et de vous-même, alors vous serez immanquablement déçu(e). Mieux vaudrait, dans ce cas, que vous vous tourniez vers le mensonge, bien plus lucratif et gratifiant ! La vérité brise, par la force irrépressible de son évidence claire et simple, vos rêves, vos spéculations, vos hypothèses les plus robustes, vos conclusions les plus certaines. La recherche obsessionnelle de plaisir et la vérité sont incompatibles, de même que le confort moral, l’orgueil et la sécurité idéologique ou théologique. Un(e) authentique chercheur(se) de vérité n’est pas un(e) « sachant(e) » sûr(e) de soi, mais une bête traquée jusque dans ses retranchements les plus intimes ; une âme dépouillée de toute prétention ratiocinante, de tout sentiment de supériorité. La vérité, de même qu’elle apparaît nue et sans fard, nous dénude, nous débarrasse de tout fatras sentimental ou culturel inutile, de tout bagage intellectuel encombrant, futile et forcément limitant ; de tout objectif pseudo-spirituel centré sur soi-même ; de toute revendication à être quelque chose ou quelqu’un d’important, de distinct du Tout universel.

Vous pensez que les êtres et les choses sont comme ceci ou comme cela. Vous croyez éventuellement qu’ils devraient être autrement que ce qu’ils sont, plus beaux, plus intelligents, plus ceci ou moins cela. Sans même vous rendre compte que vous êtes un être ou une chose parmi les autres, Un avec tous. Et bien la vérité ravage littéralement, par son intrusion en vous, toutes vos certitudes bien ancrées, tous vos « précieux » acquis, tous ces idéaux auxquels vous attachez tant d’importance et auxquels vous êtes enchaîné(e). Elle  vous place instantanément devant le miroir du monde, qui reflète ce que vous êtes en réalité ; elle vous reconnecte de nouveau à ce Tout universel dont vous êtes une cellule vivante et respirante. C’est ainsi que la vérité vous rend libre des chaînes que le monde et vous-même avez forgées.

Jean Bousquet

 

Son dernier ouvrage : Près de la Source, aux éditions du Septénaire.

Tags: Désillusion, non-dualité, Observation, réel, vérité

Professionels du bien être - Développement Personnel



Evennement du mois - à ne pas rater



Articles semblables

Par
Article précédent Article Suivant