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Les quatre arbres de la Bible : quatre phases de la vie spirituelle.

Une fois qu’on a sorti la Bible de la gangue de l’interprétation religieuse, qu’on l’a sortie des dogmes et des injonctions, se révèlent à nous des textes d’une grande profondeur spirituelle qui peuvent s’avérer très utile sur le chemin de la mystique.

La symbolique de l’arbre apparaît quatre fois de manière très puissante dans la Bible :

  • L’arbre de la connaissance du bien et du mal (Genèse 2)
  • Le buisson ardent (Exode 3)
  • La croix (fin des évangiles)
  • L’arbre de vie (Apocalypse 21)

La lecture spirituelle (donc symbolique) des textes bibliques a été de tous temps la seule manière d’aborder les textes. La lecture littérale (qui est comme un récit journalistique) est une invention relativement récente. Dans la lecture spirituelle, le texte devient un miroir de ma vie et de mon intériorité, en rapport avec sa dimension divine. Cette lecture est également pratiquée dans la plupart des traditions spirituelles.

L’arbre de la connaissance du bien et du mal

Dans le récit symbolique de la Genèse, Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden. Il lui donna cet ordre : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. La lecture habituelle fait de cela une injonction, un ordre que donnerait Dieu, comme un maître d’école, avec le doigt levé en l’air. Mais on peut écouter ce que dit « Dieu » comme un conseil bienveillant, et non comme un ordre. Il informe simplement que lorsque l’homme distinguera le bien du mal, il tombera dans la dualité, ses yeux s’ouvriront. Mais en contrepartie, Adam et Ève se rendront compte qu’ils sont nus, qu’ils seront soumis au travail et à la souffrance, qu’ils mourront, et qu’ils seront chassé du paradis. L’ouverture des yeux correspond à l’incarnation, à l’entrée dans le monde. C’est bien ce que dit le texte : Dieu leur fit des habits de peau et les en revêtit.

Dans la mystique de Maître Eckhart (et de beaucoup d’autres), avant d’être créée, l’âme est en Dieu, elle est Dieu en Dieu. Cela correspond au jardin d’Eden. La tentation de commencer à discriminer les choses n’est pas une injonction morale, mais plutôt la liberté originelle de poser des actes qui vont vers plus d’amour (le « bien ») ou vers moins d’amour et plus d’égoïsme (le « mal »). C’est le début de la dualité, qui marque l’entrée dans l’incarnation. Mais l’incarnation fait prendre conscience de la nudité de l’âme : celle-ci n’est plus « Dieu en Dieu », mais elle est confrontée à ses propres limites. La vie est marquée par la souffrance et la mort.

La fin du passage de la Genèse montre une ouverture souvent mal comprise : il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie. Le chérubin est l’ange de la connaissance (le séraphin est celui de l’amour brûlant). Il faut se représenter un ange babylonien, tout à fait terrifiant. L’épée est celle de la connaissance divine. Vous remarquez que l’on parle de l’arbre de vie et non plus de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est l’arbre vers lequel Adam (en tant qu’être humain) reviendra, et que l’on retrouve dans l’Apocalypse. Pour retrouver le jardin d’Eden, donc la vie en Dieu, il faudra affronter l’ange connaissance de Dieu.

Le buisson ardent

Le texte d’Exode 3 est également un récit hautement symbolique mettant un arbre en scène. Moïse a une révélation de Dieu à la montagne de l’Horeb : L’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson et le buisson ne se consumait point. Dieu dit: N’approche pas d’ici, ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. Je suis descendu pour délivrer le peuple de la main des Égyptiens, et pour le faire monter dans un pays où coulent le lait et le miel. Moïse dit à Dieu: J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je? Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis.

L’ange est Dieu sous une forme communicante, il se manifeste sous la forme d’un buisson enflammé qui ne se consume pas. Il s’agit bien entendu de l’amour divin qui n’a aucune limite. L’épisode des sandales indique le dépouillement nécessaire. La libération correspond à l’abandon des conditionnements de l’ego, et au passage de l’esclavage (en Egypte) pour entrer dans le pays de Dieu (lait et miel indiquant la béatitude).

La fin du texte est la formule divine « je suis celui qui suis ». La présence divine en nous se manifeste sous cette forme : « je suis ». Bien entendu pas le « je » du petit ego, mais le grand « JE », la pure conscience consciente d’elle-même.

L’arbre de la croix

Très tôt dans l’histoire, la croix sur laquelle Jésus a été crucifié a été comparée à un arbre, en particulier à « l’arbre de vie », allusion à la fois à la Genèse et à l’Apocalypse (premier et dernier livre de la Bible).

Paul, dans l’épître aux Romains, explique que ce qui meurt sur la croix, c’est ce qu’il appelle le « vieil homme », c’est-à-dire l’ensemble de nos comportements égoïstes non aimants : notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché; car celui qui est mort est libre du péché. Or, si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui.

Ramana Maharshi reprend cette idée en l’élargissant : la croix, c’est le corps sur lequel l’ego doit mourir. En nous incarnant pour de bon, c’est-à-dire en vivant notre corps de manière consciente, les conditionnements de l’ego s’éteignent, nous libérant de notre propre esclavage (« l’Egypte »).

L’arbre de vie de l’Apocalypse

Et il me montra un fleuve d’eau de la vie, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu. Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des peuples. Le trône de Dieu sera dans la ville; ses serviteurs le serviront et verront sa face. Il n’y aura plus de nuit parce que le Seigneur Dieu les éclairera.

L’arbre de vie me représente. Lorsque je suis abreuvé par le fleuve d’eau de la vie, je porte du fruit sans cesse. La vision de Dieu correspond à la connaissance de Dieu (chérubin). L’eau de la vie limpide représente la conscience divine. La conscience est toujours représentée par un élément aquatique ou aérien (souffle, esprit) transparent, car la conscience est pur accueil de la réalité, elle n’a ni forme ni de couleur. Maître Eckhart dira : « Pour percevoir les couleurs, ton œil doit être transparent ; pour percevoir Dieu, ton âme doit être dépouillée d’elle-même. »

La progression des quatre arbres

La progression spirituelle est assez évidente lorsqu’on sort de la problématique péché-mort-salut et qu’on lui substitue

  • liberté originelle et incarnation (avec mort et souffrance)
  • révélation divine : je suis et JE suis
  • mort de l’ego et de ses conditionnements toxiques
  • pleinement conscient, je porte du fruit et je « vois » Dieu.

Cette structure est présente dans la vie de Jésus :

  • incarnation (le verbe s’est fait chair)
  • baptême et transfiguration (« tu es mon Fils bien-aimé »)
  • tentation au désert et mort sur la croix
  • résurrection, vie nouvelle

Ceci n’est qu’un canevas, mais la mise en correspondance de ces différents arbres est particulièrement fructueuse pour la vie spirituelle.

Laurent animera un atelier à La Hulpe les 29 et 30 novembre prochains. Infomations : www.etreplus.be/laurent-jouvet-novembre-2025

 

Tags: arbre biblique, incarnation et éveil, lecture mystique, Maître Eckhart, symbolique spirituelle

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