J’ai toujours eu cette intuition : tout est sacré !
Cela avait le chic d’agacer mes parents, qui se prétendaient athées.
En fait, ils n’étaient pas athées, ils étaient simplement déçus que leurs croyances ne soient pas comblées.
« Quoi, un Dieu qui permet autant d’injustices et d’horreurs ! S’il existait, il faudrait le tuer ! »
Comme si ce pauvre Dieu avait quoi que ce soit à voir dans les folies meurtrières des hommes, dans leurs perversions, dans leur cécité spirituelle…
Mais en fait, moi non plus je ne crois pas en Dieu !
En tout cas, pas en celui qui nous est présenté par les gens soit disant religieux.
Il est tellement humain, dans son acception Nietzschéenne, tellement mesquin, jaloux, possessif, ombrageux, impétueux même. De toute évidence, celui-ci n’est rien d’autre qu’un Dieu imaginé par des hommes, et pas par les meilleurs d’entre eux, loin s’en faut !
Imaginez, il y a même des religions qui tuent au nom de leur Dieu, qui violent, massacrent, torturent, commettent des attentats, pillent, conquièrent des territoires, et ils prétendent agir au nom de Dieu !!!
Mais qui peut bien vouloir d’un tel Dieu ? si ce n’est des gens suffisamment mal dans leur peau et déséquilibrés pour ne pas voir qu’il y a quelque chose qui cloche.
Donc, je ne crois pas en ce Dieu, et j’ajouterais volontiers : Dieu merci !
Je suis parti avec un handicap qui s’est avéré une superbe chance : on ne m’avait rien appris dans ma famille, j’ai dû cheminer seul, enfin pas tout à fait : des poètes, des musiciens, et surtout des livres m’ont accompagné. Tout le long.
Aujourd’hui, mon univers est toujours peuplé de poésies, de musiques et de livres, mais je n’en attends plus rien : chaque livre que je lis m’apparaît comme un chant ou une note au sein d’une symphonie ininterrompue. Je les entends chanter, pas parler.
Enfin, quand ils parlent, je sais que c’est mon oreille qui défaille.
Mon oreille, mon écoute plus précisément.
Alors, je ne fais rien pour y remédier, je ne tente pas de faire taire ce livre qui parle au lieu de chanter, je ne tente pas non plus de le faire chanter plutôt que parler. Non, rien, je ne fais rien.
J’écoute seulement.
Et dans cette écoute, sans doute parce que je n’interviens pas, ça se met à chanter, à bourdonner, à vibrer du chant du Silence.
Dans ce chant que je re-découvre toujours déjà là, nouveau, frais, joyeux, vivant, vibrant, pulsant, il y a tellement d’espace, un espace infini, illimité, que tous les autres chants du monde peuvent y apparaître, y compris le chant des pensées, des sensations, des réactions, mais tout, absolument tout redevient aussitôt Silence.
Ce n’est pas un Silence mort, ou terne, ou ennuyeux, oh non !
C’est gai comme un matin de printemps, frais, enjoué, et bizarrement, il ne comporte rien d’autre que de l’amour, de la tendresse, de l’amitié pour le Vivant dans sa totalité.
Ce n’est pas recherché, ce n’est pas voulu, ça se révèle ainsi, spontanément, savez- vous pourquoi ?
Parce qu’on n’attend plus rien d’autre que ce qui est. Parce qu’on ne désire plus rien d’autre que ce qui est.
Parce que notre humanitude, allez savoir pourquoi et comment, s’est révélée être d’essence divine. Mieux : on est Dieu !
Oh, pas ce Dieu ombrageux et mesquin des religions, non. Pas ce Dieu tout puissant et tout sachant, non.
Seulement ce Dieu qui aime et rien d’autre.
Il aime ce qui est, quoi que ce soit :
La peur : il l’aime
La colère : il l’aime
Le plaisir : il l’aime
Et ainsi de suite…
Voici un Dieu qui ne craint pas d’avoir mal, parce que ce qu’il est vraiment ne peut jamais souffrir de quoi que ce soit.
Voici un Dieu qui ne craint pas les contradictions apparentes, parce qu’il les embrasse toutes.
Il n’a pas besoin de se détacher de quoi que ce soit : il n’est jamais attaché.
Et voici qu’en un instant de simplicité déroutante pour un esprit humain, il réalise que le monde et ses malheurs, ses injustices, n’ont pas de véritable réalité, ils sont la substance d’un rêve d’humains qui oublient leur véritable nature, celle de Dieu (oh, surtout pas celui des religions).
Et dans le même temps il réalise qu’il peut soulager ceux qui ne voient pas qu’ils sont en train de rêver un monde cauchemardesque, il suffit de leur souffler doucement au creux de l’oreille l’éternel chant du Silence.
Et celui qui écrit ces quelques mots maladroits, parce que la langue humaine ne peut restituer le chant du Silence, sinon peut-être la langue de quelques poètes, au cœur de la fournaise, un beau jour, a réalisé que tout est sacré.
TOUT EST SACRÉ ! Quand je dis tout, c’est tout.
Et c’est pour cela que nombre de gens ne peuvent admettre cette réalité : tout ne peut pas être sacré, le viol, le meurtre, la famine, la guerre, la misère, j’en passe.
Je ne veux choquer personne, mais tout est sacré implique que tout est sacré !
Mais ça ne signifie pas qu’on se résigne à laisser ce rêve humain devenu cauchemar de masse se poursuivre : on tente de faciliter le passage du chant du Silence, ce remède qui guérit tout.
Et si notre énergie humaine nous le permet, on agit !
On ne se contente pas de pleurnicher dans notre coin, ou mieux en groupes, avant de retourner à nos petites vies égocentrées (et ce n’est pas un problème, le seul problème, c’est l’hypocrisie, le déni, la fixation dans des opinions qu’on chérit sans même savoir de quoi il retourne, et plus ennuyeux, sans même savoir qui ou quoi l’on est véritablement).
On ne pleurniche pas, on agit.
Agir, pour certains ce sera soigner, lutter, faire de la politique, enseigner…
Agir, pour d’autres, ce sera chanter, danser, peindre, rire, ou ne rien faire et s’asseoir dans un coin, immobile et tranquille, laissant le chant du Silence se révéler encore et encore… et le voir imprégner l’univers tout entier.
TOUT EST SACRÉ !
Alors quand on a la chance de ne pas être prisonnier du rêve humain cauchemardesque, on porte une lourde responsabilité : être, être heureux, emplir l’univers entier de cette êtreté heureuse…
C’est déjà pas mal.
Tout est sacré, c’est aussi ce qui permet d’aborder toutes les dimensions si humaines qu’elles nous font souvent souffrir avec une innocence retrouvée sans l’avoir cherchée.
Amis, et si nous laissions tous nos (soi-disant) problèmes et nous autorisions à entendre le chant du Silence ?
Il est toujours là, ce n’est pas si difficile. La seule chose qui semble le rendre difficile d’accès, c’est la pensée « moi-je » et tout ce qui l’accompagne.
Si on n’alimente pas cette pensée « moi-je », si on ne cherche pas non plus à s’en débarrasser, ô miracle : le chant du Silence résonne puissamment, il vibre dans chacune de nos cellules bien humaines, et nos yeux s’ouvrent à nouveau sur le monde de Dieu (oh, pas celui des religions !).
TOUT EST SACRÉ !

Marc consacre son temps à ses petits-enfants, à la musique, à la littérature, à l’écriture et aux traductions, et toujours à l’approche non duelle de qui nous sommes vraiment et de ce que cela implique en tant qu’humains dans le monde. Il a déjà publié Voyages vers le Soi en Orient et en Occident (Almora, 2024), Le corps est conscience (Accarias L’Originel, 2018), Vivre en éveil, le processus transformateur, (Alzieu éditeur, 1998), Le corps est conscience : aux sources de la sophrologie non duelle (Accarias-L’originel, 2018), Maha Satipatthana – Se fondre dans l’être (Lanore, 2019) et a traduit plusieurs livres de Ramesh Balsekar ou de Tim Freke.
Pour découvrir ses ouvrages veuillez suivre ce lien: https://www.babelio.com/auteur/Marc-Marciszewer/498186












