« La Lumière divine est en toi aussitôt que tu désires la recevoir. Tant que tu ne t’ouvres pas à cette réalité, tu recherches en vain l’Illumination car il n’existe aucune vérité, aucune connaissance en dehors d’Elle. »
Wim Leene
« J’ai longtemps cru que je n’étais pas éveillée ; c’était faux. Je l’étais, mais n’en étais pas consciente. »
Claudette Vidal
Éveil, illumination, libération… Ces trois termes, générateurs d’un riche imaginaire fantasmatique, sont souvent employés à tort et à travers dans le milieu et la littérature spiritualistes ; leur synonymie et leur interchangeabilité y sont fréquemment évoquées. Il semble qu’une grande confusion s’est emparée des esprits à leur sujet.
Mettre de l’ordre dans notre esprit, clarifier, est une incontournable nécessité si l’on veut vraiment savoir où l’on est, où l’on va et, accessoirement, de quoi on parle. La compréhension des termes ne constitue pas en soi un accomplissement spirituel ; elle permet néanmoins de balayer devant notre porte, de serpiller quantité d’idées reçues, d’approximations fumeuses, d’erreurs et d’illusions, de faire le tri entre fantasmes et réalité. La vision est plus claire quand la place est nette ; on marche plus sereinement sur un sentier aplani.
Je vous propose d’explorer ce sujet par le biais d’une triple métaphore :
- Vous êtes couché(e), endormi(e) dans un lit. La chambre est totalement obscure ; les volets sont clos. Vous vous réveillez. Cela n’apporte pas la clarté et la lumière dans la pièce, mais il s’agit déjà d’un changement d’état significatif : vous ne dormez plus, le rêve qui déroulait son scénario dans votre cerveau disparaît, vous êtes parfaitement conscient(e) d’être allongé(e) dans un lit, dans une chambre, dans l’obscurité. La conscience de l’obscurité est caractéristique de l’éveil ; durant notre sommeil, nous pouvons rêver de soleils radieux, éprouver des sensations lumineuses factices, mais l’éveil nous ramène à la réalité de notre état.
- Vous vous levez du lit, explorant à tâtons le mobilier de la chambre, vous cognant parfois ici ou là. Vous n’avez pas une idée claire des proportions ni de la disposition des lieux, puisque tout est obscur. Mais vous êtes de toute évidence éveillé(e), c’est-à-dire à même de vous mouvoir et d’explorer consciemment. Vous atteignez enfin l’interrupteur ; la pièce s’éclaire. Vous en percevez distinctement tous les détails, la disposition des meubles, les couleurs, l’état général. Vous ouvrez les volets pour laisser entrer la lumière du jour. Cela vous permet de découvrir une partie du paysage environnant. Vous le voyez clairement, mais vous n’en faites pas partie : vous en êtes séparé(e) par les murs de la pièce où vous vous trouvez ; vous êtes encore enfermé(e) dans la chambre, chambre dont vous connaissez maintenant parfaitement les dimensions et le contenu. La conscience des limites est caractéristique de l’illumination. Dans l’obscurité de l’éveil, nous pouvons imaginer un espace immense autour de nous ; l’illumination réduit nos perspectives à des dimensions plus modestes.
- Enfin, vous sortez de la pièce. Vous avez préalablement, lors de votre exploration minutieuse de la chambre, découvert la clé de la porte, cachée sous une latte du plancher, au beau milieu de la pièce. Pour la découvrir, il vous a fallu déplacer le lit qui la recouvrait, celui-là même dans lequel vous dormiez profondément, inconscient, aveugle. Vous quittez donc la maison, appartenez maintenant pleinement au paysage que vous contempliez de la fenêtre, interagissez avec les éléments minéraux, végétaux, animaux et humains qui le peuplent. Le sommeil, le lit, l’obscurité et la chambre ne sont plus pour vous que de vieux souvenirs sans vie, sans consistance, sans substance. Vous vivez et respirez vraiment dans la vaste étendue de la terre et du ciel. Rien ne limite plus votre regard ni vos mouvements. C’est la libération! Le papillon-en-vous s’est extrait de la chrysalide que vous représentiez pour lui.
La liberté est un espace ouvert dans lequel la conscience humaine peut s’épanouir, observer, investiguer sans limites. Un espace extérieur ? Non, mais un cœur et un esprit ouverts, autrefois endormis, fermés, encapsulés dans des préjugés, des craintes, des normes, des intérêts étroits centrés sur eux-mêmes, des croyances non vérifiées par l’expérience directe, des conditionnements familiaux et sociaux inculqués dès la petite enfance.
Un esprit ouvert ouvre l’espace alentour ; il révèle des possibilités de conscience insoupçonnées. Un cœur ouvert autorise la liberté d’être pour tous ; il la répand partout autour de lui, même bien au-delà de son cercle relationnel immédiat ; il l’encourage, la stimule, la nourrit, la protège.

Jean Bousquet
« Extrait du livre Près de la Source, qui vient de paraître aux éditions du Septénaire« .












