Comment traverser pensées, émotions et sensations sans s’y perdre ?
Ce texte propose une lecture progressive de l’écoute non impliquée, depuis l’observation jusqu’à la reconnaissance de notre véritable nature.
Régulièrement, on me dit que ce que j’énonce est très clair et très simple.
J’en suis ravi, c’est bien pour cela que je partage !
Puis, patatras, on ajoute qu’on comprend bien ce que je dis, mais que « je ne suis pas encore capable de le vivre ».
Et là, je me dis que finalement, mon énoncé n’est pas si clair ni si simple, parce que le but, ce n’est pas qu’on comprenne intellectuellement les mots que je prononce, mais qu’on les emploie pour vivre « l’expérience » de la non-dualité, en les entendant, sans y réfléchir, sans chercher à les comprendre, sans même s’occuper de savoir si on est d’accord ou pas.
Alors, tout aussi régulièrement, je réponds à la personne qui me dit cela en remontant le fil, ou en le démontant, c’est selon.
Mais comme je réponds à tout le monde, je commence à y passer un peu trop de temps, notamment du fait que je répète, sous diverses formes, les « éclaircissements » que j’apporte.
Aussi me suis-je dit qu’il me fallait proposer une sorte de topographie de la démarche proposée, avec ses différentes phases, tout en rappelant que rien ne dit qu’il faille passer par toutes ces phases.
Alors voici une première tentative à chaud, en réponse à quiconque a le sentiment d’être englouti dans des émotions (souvent décrites comme « mes » émotions) ou submergé de pensées (« mes » pensées), quand ce n’est pas en réaction aux sensations (« mes » sensations).
Reconnaître le havre de paix déjà présent
Tout d’abord, admettre que ça peut valoir la peine de passer des moments où l’on n’a rien d’autre à faire assis dans un coin et de tranquillement tourner son regard vers l’intérieur, même si cet intérieur semble en proie aux flammes ou aux vagues. Admettre et reconnaître d’emblée que pour constater l’agitation ou l’inconfort, quel qu’il soit, il nous faut un havre de paix qui n’est pas touché par ces flammes ou ces vagues. Donc, c’est depuis ce havre de paix que nous ressentons l’agitation et l’inconfort. Et ça tombe bien : ce havre de paix est toujours là, même si on semble l’ignorer.
C’est un premier point.
Apprendre l’écoute non impliquée
Le deuxième point, c’est de se rendre compte qu’on ne sait pas écouter ou observer de manière non impliquée, et qu’il nous faut donc l’apprendre. Par bonheur, on peut s’y exercer tout le temps et dans toutes les situations de la vie, pas seulement quand on est tranquille et qu’on n’a rien de mieux à faire.
Ne pas intervenir
Le troisième point, et c’est ainsi qu’on apprend à écouter sans intervenir, sans réagir : c’est comprendre qu’il ne nous faut pas tenter d’adoucir, de transformer ou même d’éliminer cet inconfort. Sinon, il nous sera impossible d’y voir clair, d’apprendre (non pas un savoir à acquérir, mais les lois de la nature à l’œuvre en soi-même), et donc de nous affranchir de ce qui nous rend mal à l’aise pour ne pas dire malheureux.
Donc, il s’agit de faire face à tout ce qui se présente à nous dans une attitude d’écoute non impliquée et non réactive. Bien comprendre que ça peut être désagréable au premier abord, parce que nous sommes chargé d’attentes, de désirs (contradictoires), d’espoirs, de préférences, de rejets, de résistances, et de tout un tas de choses liées à notre conditionnement singulier et collectif/culturel.
Mais plus vite on se donne librement et sciemment à cette écoute non impliquée, à ce regard libre, plus vite on se découvre libre, tranquille, plutôt satisfait.
Lorsque ce qui se présente nous semble trop fort, trop « insupportable », il convient d’en avoir conscience, et pour ma part, j’invite à déplacer l’attention au ressenti corporel. Ainsi, ce n’est plus quelque chose qui me fait peur ou mal, mais plutôt, je ressens cette peur ou ce malaise dans mon corps : je vois où ça se localise et jusqu’où ça s’étend, je sens quel type de sensations ça génère, je vois comment la respiration en est affectée, etc.… et ce faisant, non seulement je n’esquive pas ce qui est, bien que je puisse le trouver pénible, mais de plus, je commence à m’en sentir dégagé : je ne suis plus mal à l’aise, je ressens ce mal à l’aise, et ça change vraiment la donne. On commence à découvrir la vertu de ne pas s’impliquer.
Laisser de côté ce que l’on croit savoir
Le quatrième point, c’est de découvrir que si on laisse de côté tout ce qu’on sait, sur soi-même, sur ce que signifie être libre, etc.… alors on est de plus en plus à l’écoute, ouvert, et on remarque que dans cette écoute, il ne nous manque rien, et il n’y a rien de trop : tout nous semble parfaitement à sa place (même ce que l’on estimait injuste ou insupportable avant d’être dans cette qualité d’écoute non impliquée).
Ne plus attendre, et se laisser être
Le cinquième point, c’est que n’attendant plus rien (d’autre que ce qui est MAINTENANT même), on savoure véritablement ce qui est, ici même et maintenant, on commence à ne plus surimposer, ou moins, nos projections, nos peurs, nos espoirs, notre conditionnement, et alors on se découvre enveloppé d’un Silence sans début ni fin, immense, tout embrassant. On se réjouit dans ce Silence.
Et c’est là que souvent s’opère une bascule totale, qu’on pourrait même qualifier de quantique : le sujet qu’on pense être se fond dans ce Silence et s’y noie, en toute félicité. Loin d’être un suicide (même pour l’ego), c’est une véritable re-naissance, parfois même une naissance tout simplement. Tant cette perspective nous est tout à fait nouvelle et révolutionnaire : notre « moi-je » n’est plus le centre de commandement et de contrôle, et la présence goûte même la joie ineffable de pouvoir totalement lâcher moi-je, l’oublier… Le Silence prend la main, pour ainsi dire.
Se reconnaître comme ce Silence
Le point suivant, c’est qu’on découvre ou redécouvre que nous sommes de tout temps ce Silence, cette Présence Silencieuse, et non pas « moi-je » doté de toutes ses caractéristiques humaines.
Reconnaître ce que nous sommes, et apprendre à l’incarner
Ça y est : on vient de reconnaître notre véritable nature, cet espace infiniment ouvert, le Soi, la Source, la Conscience, le Divin, le Tao, peu importe le nom qu’on lui donne, de toute façon, aucun nom ne peut en rendre compte.
À partir de là, c’est le début d’une toute nouvelle dimension de l’existence à explorer, sans fin. Le cœur en est ce Silence immuable et cependant vibrant, mais à présent, il nous faut apprendre à ajuster et harmoniser les deux dimensions de l’être que nous sommes : l’essence et l’apparence.
Pour moi, malgré la tentation qui peut alors venir de se retirer du monde et de savourer ce Silence, c’est tout le contraire : vivre en être humain avec au cœur cette dimension « divine », ajuster l’humain au divin…
Sans idéaliser le moins du monde ce que cet humain « devrait » être : on le goûte et on l’aime tel qu’il est ! si des changements surviennent, c’est très bien s’il n’y en a pas, c’est très bien aussi !
En fait, on commence à se laisser déposséder (par la Présence Silencieuse) de tout ce fardeau millénaire de honte, de culpabilité, de regrets, de remords, de ressentiments, de comparaisons, d’envie, de jalousie, de désirs, etc… On découvre la véritable acceptation, le véritable abandon à ce qui est…
Pour résumer succinctement et autrement ces différentes phases, voici comment je les vois :
1/ moi observateur et ce que j’observe, totalement impliqué, donc très réactif, pas ou peu attentif.
2/ moi à l’écoute, toujours observateur de ce qui se présente à moi, mais je ne cherche plus à modifier ou à supprimer ce qui ne me plaît pas : j’apprends à observer/écouter/regarder/sentir sans choisir et sans réagir.
3/ l’observateur et ce qu’il observe se fondent dans l’observation pure (c’est-à-dire sans aucun ajout ni retrait), c’est l’immersion dans le Silence, la découverte de la Présence Silencieuse tout embrassante.
4/ la Présence Silencieuse se révèle être ma véritable nature : immense, sans début ni fin, transparente, lumineuse, satisfaite et même comblée, joyeuse, libre.
5/ j’apprends à me familiariser avec ma véritable nature tout en vivant en tant qu’être humain bien incarné dans le monde tel qu’il est.
Évidemment, cette topographie a pour seul objet de clarifier la démarche proposée… mais surtout : ne pas s’en tenir aux mots ! il faut se servir d’eux pour traverser les apparences et permettre à l’essence de se révéler.
Et ceci est accessible à tout le monde, pas simplement à une petite élite, ou à des gens qui seraient religieux, végétariens, que sais-je encore. C’est universel, et accessible à chacun.
Quelle merveilleuse nouvelle, les amis !

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